Un instant d’harmonie, tableau soleil derrière les montagnes, photographie de Fabrice Courtadon

Symbole du soleil : Rê, Apollon, Amaterasu, Louis XIV et les peintres

Par la rédaction de Murs d’Art · Photographies de Fabrice Courtadon23 octobre 20268 min de lecture

Le symbole du soleil est d’abord celui de la vie et du pouvoir : en Égypte, le dieu Rê crée le monde et traverse le ciel en barque ; au Japon, la déesse Amaterasu passe pour l’ancêtre des empereurs ; en France, Louis XIV en fait son emblème, au point de rester le « Roi-Soleil ». Les alchimistes y voyaient l’or, et les peintres un sujet. Voici ces traditions, chacune avec sa source.

En bref

  • Rê, dieu solaire égyptien à tête de faucon, voyage en barque : le jour sur le Nil céleste, la nuit sur le Nil souterrain (Larousse).
  • Hélios est de plus en plus souvent assimilé à Apollon à partir du Ve siècle avant notre ère environ (Encyclopædia Universalis).
  • Selon le Kojiki (712), Amaterasu, kami du soleil, se cache dans une grotte et plonge le ciel dans l’obscurité (Encyclopedia of Shinto, université Kokugakuin).
  • Le 23 février 1653, Louis XIV paraît pour la première fois en Apollon dans le Ballet royal de la Nuit ; sa devise date du Carrousel de 1662 (château de Versailles).
  • « En termes d’Alchimie, Soleil signifie L’or », écrit le Dictionnaire de l’Académie française en 1798.
Un instant d’harmonie, tableau soleil derrière les montagnes, photographie de Fabrice Courtadon
Un soleil pâle juste au-dessus d’une crête noire, dans un grand halo orangé en cercles concentriques« Un instant d’harmonie » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Que représentait le soleil pour les Égyptiens ?

Rê, rappelle l’encyclopédie Larousse, est le dieu solaire placé en tête du panthéon égyptien : un homme à tête de faucon coiffé du disque solaire, qui passe à Héliopolis pour le créateur du monde. Dans la mythologie égyptienne, il accomplit chaque jour son cycle en barque, sur le Nil céleste puis sur le Nil souterrain ; avalé le soir par sa mère Nout, il renaît au matin. Le serpent Apopis attaque sa barque quand elle sort du monde nocturne ; vaincu par Seth, il recommence le lendemain.

Le soleil est aussi une affaire d’État. Dès la IVe dynastie, Rê s’impose comme dieu d’État ; à partir de Khéphren, les rois se disent « fils de Rê », et au Moyen Empire il s’unit au dieu thébain Amon en Amon-Rê. Plus tard, Akhenaton érige en dieu unique Aton, le disque solaire, dont le culte exclusif fut ensuite abandonné (Larousse). Un mythe fait même naître l’abeille des larmes de Rê, comme le raconte notre article sur la symbolique de l’abeille.

Hélios ou Apollon : qui était le dieu du soleil chez les Grecs ?

D’abord Hélios, dont le nom signifie « soleil ». Selon l’Encyclopædia Universalis, il part chaque matin, précédé de l’Aurore, sur un char de feu tiré par quatre coursiers, et baigne le soir ses chevaux dans l’Océan. Son culte n’est vraiment attesté qu’à Rhodes et à Corinthe ; à Rhodes, selon Larousse, un colosse à son effigie se dressait dans le port.

Apollon est, à l’origine, un autre dieu. L’Universalis situe vers le Ve siècle avant notre ère le moment où Hélios lui est de plus en plus souvent assimilé, tandis que Séléné, la Lune, se confond avec Artémis.

Quels autres peuples ont fait du soleil un dieu ?

Au Japon, le soleil est une déesse. L’Encyclopedia of Shinto de l’université Kokugakuin présente Amaterasu comme la kami du soleil, chargée de régner sur la Plaine du Haut Ciel. Son frère Susanoo s’y déchaîne : elle se cache dans la Grotte du Rocher, et le ciel tombe dans l’obscurité et le chaos. Les autres kami organisent une fête et des divertissements ; attirée par l’agitation, Amaterasu sort, et la lumière revient. Son miroir, confié à son petit-fils Ninigi, sera installé à Ise, au sanctuaire devenu Ise Jingū. Le récit se lit dans le Kojiki, compilé en 712, et le Nihon shoki, achevé en 720 ; la famille impériale, rappelle Larousse, affirme descendre de la déesse.

Ailleurs, les Incas vénéraient Inti, dieu-soleil tenu pour l’ancêtre de leur dynastie, et l’hindouisme Sūrya, à qui fut élevé vers 1250 le temple de Konarak, en Orissa (Larousse).

Soleil en spirale sur les puys, tableau lever de soleil sur les volcans, photographie de Fabrice Courtadon
À l’aube, le soleil changé en spirale de lumière au-dessus des volcans et d’une plaine embrumée« Soleil en spirale sur les puys » en tableau, dès 50 € 45 €

Pourquoi Louis XIV a-t-il choisi le soleil ?

Parce que l’astre disait ce que le roi voulait incarner. Selon la page du château de Versailles consacrée à Louis XIV, il le choisit pour emblème au début de son règne : le soleil, c’est Apollon, dieu de la paix et des arts, et l’astre qui donne vie à toutes choses, qui se lève et se couche avec régularité. Le roi marque la ressemblance par la régularité de son travail et par ses levers et couchers publics.

L’image vient de la scène. Le 23 février 1653, dans le Ballet royal de la Nuit, le jeune roi paraît pour la première fois en Apollon, précédé de l’Aurore et entouré des douze Heures du jour, indique la chronologie du mythe solaire du château. Dans le livret d’Isaac de Benserade, l’Aurore annonce : « Le Soleil qui me suit c’est le jeune LOUIS. »

La devise suit. Au Carrousel des 5 et 6 juin 1662, donné aux Tuileries pour la naissance du dauphin, le roi porte un écu orné d’un soleil dissipant les ténèbres et choisit sa devise : le Soleil pour figure, Nec pluribus impar pour légende. Aucune de ses traductions n’a de valeur officielle, relève le château. À Versailles, l’axe est-ouest des jardins d’André Le Nôtre suit la course du soleil, et le salon d’Apollon occupe le centre du Grand Appartement du roi.

Le tournesol, que l’on croyait toujours tourné vers l’astre, y devient la métaphore du courtisan. Son histoire, de Clytie à Van Gogh, est contée dans notre article sur la signification du tournesol.

L’or des saisons, tableau champ de tournesols, photographie de Fabrice Courtadon
Des centaines de tournesols au premier plan, puis une colline entière couverte de jaune« L’or des saisons » en tableau, dès 50 € 45 €

Que symbolise le soleil en alchimie et en astrologie ?

En alchimie, l’or. La cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1798, l’énonce : « En termes d’Alchimie, Soleil signifie L’or. » Le signe qui le note, un cercle marqué d’un point, ☉, figure dans le standard Unicode sous le nom « SUN », avec la mention « alchemical symbol for gold ». Dans les gravures florentines des Sept planètes, dont le Louvre conserve la planche du Soleil attribuée à Baccio Baldini (vers 1460), l’astre a l’or pour métal et le dimanche pour jour, résume la chronologie du château de Versailles.

L’astrologie, elle, relève de la convention. Dans son Tétrabible, Ptolémée, savant grec du IIe siècle, réserve aux deux « luminaires » le Cancer et le Lion, signes qu’il juge les plus chauds : le Lion, masculin, au Soleil, le Cancer à la Lune. De là vient l’idée, chère aux horoscopes, que le Soleil « gouverne » le Lion : un fait culturel, sans aucune valeur de prédiction.

Quels peintres ont fait du soleil un sujet ?

Turner d’abord : la Tate conserve de lui des études de couleur du soleil et des nuages à l’aube et au couchant, datées d’environ 1815 à 1840. La phrase qu’on lui prête, « The Sun is God » (« Le Soleil est Dieu »), nous vient de John Ruskin, qui la rapporte en septembre 1874, dans la lettre 45 de Fors Clavigera, et la situe quelques semaines avant la mort du peintre, en 1851. Le catalogue de recherche de la Tate la cite avec cette réserve.

Monet ensuite. Selon le musée Marmottan Monet, Impression, soleil levant naît d’un séjour au Havre vers novembre 1872 : depuis sa fenêtre, Monet peint l’avant-port au petit matin, et ajoute le soleil orangé et ses reflets en terminant la toile. Montrée en 1874 dans les anciens ateliers de Nadar, elle inspire au critique Louis Leroy le titre moqueur de son article du Charivari, « L’exposition des impressionnistes », le 25 avril. Repris par Jules Castagnary, le mot finit par désigner Monet et ses amis.

Naissance matinale, tableau lever de soleil sur une vallée, photographie de Fabrice Courtadon
Des nuages orange, roses et mauves s’embrasent au-dessus d’une vallée profonde restée dans l’ombre« Naissance matinale » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Quels soleils dans les photographies de Fabrice Courtadon ?

Chez Fabrice Courtadon, le soleil se montre surtout à l’aube et au couchant. Dans Un instant d’harmonie, un soleil pâle, juste au-dessus d’une crête noire, diffuse un halo orangé en cercles concentriques dans un ciel presque nocturne. Soleil en spirale sur les puys va plus loin : au-dessus des volcans de la chaîne des Puys, l’astre devient une spirale de lumière, une image que sa fiche situe « entre photographie et image rêvée ».

Dans Au soleil levant, en noir et blanc, le soleil se pose derrière la lanterne du phare de la Coubre, dont l’histoire est racontée dans notre article sur le phare de la Coubre et les phares charentais.

Au soleil levant, tableau phare de la Coubre en contre-jour, photographie de Fabrice Courtadon
Le phare de la Coubre en contre-jour, le soleil posé juste derrière la lanterne« Au soleil levant » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Dans L’heure de l’ambre, le soleil couchant, énorme et pâle, se tient au milieu d’un ciel orange et rouge, voilé par quelques tiges d’herbes. Naissance matinale regarde plutôt ce qu’il éclaire, et dans Quand l’aube s’ouvre les volcans de la chaîne des Puys s’alignent en silhouettes bleutées devant un ciel qui passe du jaune pâle au bleu. Notre article sur le coucher de soleil et le ciel rouge explique d’où viennent ces couleurs.

Ces photographies appartiennent aux collections Paysages, Regards singuliers, Illustrations et Fleurs. Cinq d’entre elles figurent dans la sélection de tableaux de coucher de soleil, trois parmi les tableaux orange, et le champ de tournesols parmi les tableaux tournesol. D’autres symboles ont leur article, comme les oiseaux dans l’art ou le coquelicot.

Questions fréquentes

Que symbolise le soleil ?

Selon les cultures, la vie et le pouvoir : un dieu créateur en Égypte, l’ancêtre des empereurs au Japon, l’emblème de Louis XIV en France. Pour les alchimistes, il désigne l’or.

Pourquoi Louis XIV est-il appelé le Roi-Soleil ?

Il prend le soleil pour emblème au début de son règne, après avoir dansé en Apollon dans le Ballet royal de la Nuit, en 1653, puis en fait en 1662 la figure de sa devise, Nec pluribus impar.

Quel dieu représente le soleil ?

Plusieurs : Rê en Égypte, Hélios chez les Grecs, assimilé peu à peu à Apollon à partir du Ve siècle avant notre ère, Amaterasu au Japon, Inti chez les Incas, Sūrya dans l’hindouisme.

Quel est le symbole alchimique du soleil ?

Un cercle marqué d’un point en son centre, ☉. Il note l’or, que les alchimistes appelaient soleil, selon le Dictionnaire de l’Académie française de 1798.

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