Symbolique de l’arbre : arbre de vie, Yggdrasil, chêne, tilleul et if
La symbolique de l’arbre réunit quelques idées présentes d’une culture à l’autre : la vie et sa transmission, avec l’arbre de vie de la Genèse et l’arbre généalogique ; le lien entre les mondes, avec Yggdrasil, le frêne des Scandinaves ; la force et la durée, avec le chêne de Zeus et l’if des cimetières ; enfin la liberté, depuis la Révolution.
En bref
- La Genèse, dans la traduction de Louis Segond (1910), place « l’arbre de la vie au milieu du jardin » d’Éden, près de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
- La Völuspá, poème islandais traduit par Frédéric-Guillaume Bergmann en 1838, fait d’Yggdrasil un frêne toujours vert, au-dessus de la fontaine d’Urd.
- Selon Pline l’Ancien, pour les druides, « rien n’est plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte », s’il s’agit d’un rouvre, un chêne.
- D’après l’abbé Grégoire (1794), le premier arbre de la Liberté est un jeune chêne planté en mai 1790 par un curé de la Vienne.

Que représente l’arbre de vie ?
Dans la Bible, l’arbre de vie apparaît au deuxième chapitre de la Genèse. Selon la traduction de Louis Segond, Dieu plante en Éden deux arbres à part : l’arbre de la vie, au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal, dont l’homme ne doit pas manger. Après la faute, Adam est chassé pour qu’il ne prenne pas de l’arbre de vie et ne vive pas « éternellement » ; des chérubins à l’épée flamboyante en gardent le chemin. À la fin de la Bible, dans l’Apocalypse, il borde le fleuve de la ville sainte, et ses feuilles servent « à la guérison des nations ».
D’autres civilisations ont sculpté un arbre sacré. Au British Museum, un relief du palais nord-ouest de Nimrud, en Assyrie, daté de 865 à 860 av. J.-C., montre deux fois le roi Assurnasirpal II de part et d’autre d’un arbre stylisé. Le musée y voit un arbre sacré qui symbolise « peut-être » la vie, et reste prudent sur son sens.
Qu’est-ce qu’Yggdrasil ?
C’est l’arbre du monde de la mythologie nordique, un frêne immense dont les branches ombragent le monde entier. On le connaît par deux textes islandais du Moyen Âge : la Völuspá, poème de l’Edda poétique, et l’Edda en prose, écrite au XIIIe siècle par Snorri Sturluson. Dans la traduction de Bergmann, la prophétesse dit : « Je connais un frêne, on le nomme Yggdrasill ».
En 1863, S. Ricard résume ainsi le récit de Snorri dans son Précis de la mythologie scandinave : trois racines, chez les dieux, chez les géants du givre et au Niflheim ; un aigle dans la cime, un serpent, Nidhögg, qui ronge une racine, et un écureuil qui sème la discorde entre eux ; trois déesses, les Nornes, qui arrosent l’arbre. Pour Ricard, le monde « a été figuré sous l’image d’un arbre » : c’est sa lecture, non un énoncé des textes.
Pourquoi le chêne était-il sacré ?
Le chêne était l’arbre de Zeus. À Dodone, en Épire, un sanctuaire du dieu rendait des oracles : dans l’Odyssée traduite par Leconte de Lisle, Ulysse s’y est rendu « pour apprendre du grand Chêne la volonté de Zeus ». On lit souvent que les prêtres écoutaient le vent dans ses feuilles ; un article de la revue Anabases sur le chêne de Dodone (2022) montre que rien dans les sources anciennes ne le confirme.
Chez les Gaulois, Pline l’Ancien rapporte, au livre XVI de son Histoire naturelle, que les druides font du rouvre l’arbre de leurs bois sacrés. Le gui qui y pousse, très rare, passe pour envoyé du ciel : le sixième jour de la lune, un prêtre vêtu de blanc le coupe avec une serpe d’or, puis on sacrifie deux taureaux blancs. Pline parle pourtant d’« objets frivoles » : il rapporte une croyance sans la partager.
Le chêne a aussi prêté son nom à la force : selon l’Académie française, « robuste » vient du latin robustus, « solide, fort, résistant », dérivé de robur, le rouvre.
Pourquoi l’if est-il l’arbre des cimetières ?
À La Haye-de-Routot, dans l’Eure, deux ifs creux poussent dans le cimetière. Selon l’inventaire du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture, leur âge est estimé entre 1 400 et 1 600 ans, mille ans au moins étant assurés, et l’église du XIIIe siècle a pu être bâtie près de ces arbres déjà vénérables. Leur longévité en fait, dans les croyances locales, des symboles d’immortalité ; la fiche avance aussi que la sève toxique de l’if aurait pu éloigner les animaux des tombes.
Pourquoi plantait-on des arbres de la Liberté ?
Pour célébrer la liberté conquise par la Révolution. Dans son Essai historique et patriotique sur les arbres de la liberté, présenté à la Convention le 1er avril 1794, l’abbé Grégoire attribue le premier exemple à Norbert Pressac, curé de Saint-Gaudent, près de Civray : en mai 1790, il fait planter un jeune chêne sur la place du village. Selon Grégoire, le nombre de ces arbres « monte à plus de soixante mille », et il recommande le chêne pour chaque commune.
D’autres essences ont servi. À Pérouges, dans l’Ain, un tilleul est planté le 21 avril 1792 au centre du bourg ; selon la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, peu de ces arbres ont survécu à la restauration de la monarchie. La tradition renaît en 1848 : place des Vosges, Victor Hugo prend la parole devant un nouvel arbre de la liberté : « La liberté a ses racines dans le cœur du peuple ».
Le titre d’une photographie de Fabrice Courtadon, Les racines profondes de la liberté, fait écho à cette image ; elle montre un sous-bois d’Auvergne en automne.

D’où vient l’arbre généalogique ?
De l’arbre de Jessé. Isaïe annonce qu’« un rameau sortira du tronc d’Isaï », c’est-à-dire de Jessé, père du roi David ; le Moyen Âge en a tiré l’image d’un arbre qui sort de Jessé et porte les ancêtres du Christ. À Saint-Denis, la verrière de l’arbre de Jessé appartient aux vitraux du chevet que l’abbé Suger fait réaliser entre 1140 et 1144, selon la DRAC Île-de-France ; à Chartres, celle de la cathédrale a été exécutée entre 1145 et 1155, d’après la base Palissy. La BnF date de ce XIIe siècle l’apparition de la généalogie dessinée sur les branches d’un arbre, dont la figure actuelle ne se fixe qu’à partir du XVIe siècle.
Quels peintres ont fait de l’arbre un symbole ?
Piet Mondrian a suivi l’arbre jusqu’au seuil de l’abstraction. Le Kunstmuseum Den Haag, qui possède la plus grande collection de ses œuvres, conserve Le Soir, l’Arbre rouge, peint de 1908 à 1910 (notice du tableau sur le site du musée) : un arbre rouge feu sur un fond bleu de cobalt, par lequel, écrit le musée, Mondrian rompt avec son style naturaliste. En 1911, L’Arbre gris, tout en noirs, blancs et gris, ramène l’arbre à son essence sous l’influence du cubisme ; suit le Pommier en fleurs, en 1912.
Gustav Klimt a dessiné un arbre de vie pour la salle à manger du palais Stoclet, à Bruxelles, conçu de 1905 à 1911 par Josef Hoffmann. Selon le MAK, musée des arts appliqués de Vienne, qui conserve les neuf cartons grandeur nature (1908-1911), ce grand arbre de vie occupe un long mur et se répète sur le mur opposé. Le palais est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009.
Quelle place l’arbre tient-il dans les photographies de Fabrice Courtadon ?
Fabrice Courtadon photographie souvent l’arbre isolé. Dans la collection Regards singuliers, un arbre sans feuilles se dresse dans un champ de neige, branches étendues sur un ciel rose et violet, près d’une petite lune posée sur l’horizon ; l’image figure parmi les tableaux d’hiver.

Deux autres images jouent sur l’ombre et la silhouette. Vu du ciel, sur un champ labouré de la Loire, un arbre sans feuilles et son ombre portée se partagent le cadre ; l’image figure dans la sélection de tableaux en noir et blanc. En Auvergne, à l’aube, des houppiers noirs se découpent en ombres chinoises sur une bande de lumière orangée.


Dans la collection Illustrations, sous le puy de Sancy encore enneigé, un pré fleuri de jaune réunit un grand arbre nu, un arbre en fleurs rose et un jeune arbre. Le massif du Sancy a son guide, comme les hêtres de Ceyssat dans notre article sur la hêtraie d’Auvergne.

Toutes ces photographies figurent dans la sélection de tableaux d’arbres ; celle du sous-bois figure aussi parmi les tableaux d’automne. Chacune est imprimée à la demande sur aluminium Dibond, en finition mate.
Questions fréquentes
Que symbolise l’arbre ?
Selon les traditions, la vie et sa transmission, avec l’arbre de vie de la Genèse et l’arbre de Jessé devenu arbre généalogique ; le lien entre les mondes, avec Yggdrasil ; la durée, avec l’if. Ce sont des lectures culturelles, qui changent d’un peuple à l’autre.
Que signifie l’arbre de vie ?
Dans la Genèse, c’est l’arbre du jardin d’Éden dont le fruit permettrait de vivre éternellement ; Adam en est écarté après la faute. Le British Museum voit aussi dans l’arbre sacré des reliefs assyriens de Nimrud un symbole possible de la vie.
Quel arbre symbolise la force ?
Le chêne, arbre de Zeus à Dodone et des bois sacrés des druides selon Pline l’Ancien. Le latin robur, qui désignait le rouvre, a donné le mot « robuste », rappelle l’Académie française.
Quel arbre symbolise l’éternité ?
En Normandie, l’if. Selon l’inventaire du ministère de la Culture, la longévité des ifs millénaires du cimetière de La Haye-de-Routot en fait, dans les croyances locales, des symboles d’immortalité.
Murs d’Art
Des œuvres à accrocher
Arbre seul au coucher du soleilarbre isolé au crépusculedès 50 €45 €
Arbre rêve sous la lune d’hiverarbre dans la neige au clair de lunedès 50 €45 €
Les racines profondes de la libertésous-bois d’automne en Auvergnedès 45 €40,50 €
Le Sancy et l’arbre en fleursSancy et arbre en fleursdès 50 €45 €
Photographies de Fabrice Courtadon imprimées à la demande sur aluminium Dibond. Voir toutes les œuvres
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