L’empreinte de l’automne, tableau chemin de feuilles mortes en forêt, photographie de Fabrice Courtadon

Symbole de l’automne : Verlaine, Keats, feuilles mortes et Toussaint

Par la rédaction de Murs d’Art · Photographies de Fabrice Courtadon23 octobre 20268 min de lecture

L’automne symbolise d’abord le déclin : le Trésor de la langue française en fait, au figuré, le « symbole de la maturité allant sur le déclin », d’où « l’automne de la vie ». C’est aussi la saison des récoltes et celle où l’on honore les morts.

En bref

  • La « Chanson d’automne » de Verlaine paraît en 1866 dans les Poèmes saturniens, chez Lemerre (Wikisource).
  • Selon le musée du 5 juin 1944 de Tourcoing, la BBC en diffuse le début les 1er, 2 et 3 juin 1944, et la suite le 5 juin à 21 h 15.
  • Dans les Saisons d’Arcimboldo (1573), l’Automne porte le tempérament mélancolique (musée du Louvre).
  • Samhain marquait en Irlande le 1er novembre, premier jour de l’hiver (National Museum of Ireland) ; la Toussaint est fixée au 1er novembre en 835 (Église catholique en France).
L’empreinte de l’automne, tableau chemin de feuilles mortes en forêt, photographie de Fabrice Courtadon
Un tapis de feuilles rousses recouvre le chemin et un vieux muret moussu, sous les troncs gris des hêtres« L’empreinte de l’automne » en tableau, dès 45 € 40,50 €Aussi sur toile ou en affiche encadrée, dès 60 €

Que symbolise l’automne ?

Le déclin et la maturité à la fois. Le Trésor de la langue française relève les tours « l’automne de la vie » et « être dans son automne », puis, par analogie, un « symbole de déclin, de décadence » ; il cite Baudelaire, qui écrit dans « L’Ennemi » (1857) : « Voilà que j’ai touché l’automne des idées ». L’autre face est l’abondance : en ancien français, rappelle le même dictionnaire, le mot usuel était « gaïn », le « temps de récolte », et la notice du Louvre sur L’Automne de Poussin note qu’Ovide associait déjà les grappes de raisin à cette saison.

Pourquoi l’automne inspire-t-il les poètes ?

Parce qu’il permet de dire le temps qui fuit à travers un paysage. Dans « L’Automne », publié en 1820 dans les Méditations poétiques, Lamartine aime « ces jours d’automne où la nature expire » et y lit les adieux d’un homme au bord de la tombe.

John Keats, lui, chante la plénitude. « To Autumn » s’ouvre sur « Season of mists and mellow fruitfulness », soit « Saison des brumes et de la douce abondance » (traduction de notre main). Selon l’édition de l’université de Toronto, le poème venait d’être composé quand Keats écrivit de Winchester à son ami Reynolds, en septembre 1819, qu’il n’avait jamais autant aimé les champs de chaumes. Il paraît en 1820.

Apollinaire mêle les deux registres dans Alcools, publié en 1913 au Mercure de France : « Automne malade et adoré », écrit-il, et « Les Colchiques » commence par « Le pré est vénéneux mais joli en automne ».

Que signifie la Chanson d’automne de Verlaine ?

Publiée en 1866 dans les Poèmes saturniens, la « Chanson d’automne », à lire sur Wikisource dans l’édition originale, tient en trois strophes brèves. « Les sanglots longs / Des violons / De l’automne » blessent le cœur du poète d’une « langueur / Monotone » ; le souvenir des « jours anciens » le fait pleurer ; emporté par le « vent mauvais », il se dit enfin « Pareil à la / Feuille morte ». L’automne y est moins un paysage qu’un état : la mélancolie de celui qui se laisse porter.

Quel rôle ces vers ont-ils joué en juin 1944 ?

Ils ont servi de message codé. Selon le musée du 5 juin 1944 « Message Verlaine », à Tourcoing, la BBC diffuse les soirs des 1er, 2 et 3 juin 1944, parmi les « messages personnels », la première partie, pour que la Résistance se tienne prête, puis la seconde le 5 juin à 21 h 15. Le centre d’écoute allemand de Tourcoing interprète le message et la 15e armée est mise en alerte, sans que les Allemands en tirent parti.

Le vers exact fait débat : le musée donne « Blessent mon cœur », le texte de Verlaine, tandis que d’autres récits, dont l’article de Wikipédia sur le poème, rapportent « Bercent mon cœur », sans doute sous l’influence de la version chantée par Charles Trenet en 1941 ; selon ces récits, le message ne visait que le réseau Ventriloquist, chargé de saboter des voies ferrées.

Le temps qui passe, tableau chemin de feuilles rouges en forêt, photographie de Fabrice Courtadon
Un épais tapis de feuilles rouges, puis un chemin qui s’enfonce entre les hêtres dans un brouillard pâle« Le temps qui passe » en tableau, dès 45 € 40,50 €Aussi sur toile ou en affiche encadrée, dès 60 €

Que symbolisent les feuilles mortes ?

La fin d’un cycle plus que la fin de tout. Le Trésor de la langue française définit la feuille morte comme la « feuille qui cesse de recevoir la sève de la plante et qui meurt » et cite Chateaubriand, pour qui leur chute amène « la fête des morts pour l’homme qui tombe comme les feuilles des bois ». Le Dictionnaire de l’Académie française garde l’expression vieillie « il s’en ira avec les feuilles », dite de qui ne semble pas devoir survivre au prochain automne.

Apollinaire montre « Le vent et la forêt qui pleurent / Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille ». L’arbre, pourtant, reverdit au printemps : d’où l’idée de cycle. Certains arbres, comme le hêtre, gardent même une partie de leurs feuilles sèches pendant l’hiver.

Au XXe siècle, l’expression devient un titre : selon la Bibliothèque nationale de France, Joseph Kosma compose en 1945 la musique des Feuilles mortes pour le ballet Le Rendez-vous, sur un argument de Jacques Prévert, avant qu’elle soit reprise dans le film de Marcel Carné Les Portes de la nuit (1946).

Quant aux couleurs, l’Université Laval explique qu’en fin d’été la photosynthèse ralentit et que la chlorophylle se dégrade, laissant voir les caroténoïdes, jaunes, orangés et bruns, et les anthocyanes, rouges et violettes.

Pendant ce temps dans les cours d’eau, tableau feuille jaune flottant sur l’eau, photographie de Fabrice Courtadon
Une feuille jaune froissée dérive sur une eau sombre striée de reflets bleus et verts« Pendant ce temps dans les cours d’eau » en tableau, dès 50 € 45 €

Pourquoi fête-t-on les morts à l’automne ?

Parce que plusieurs calendriers placent début novembre le passage vers l’hiver et le souvenir des défunts. Selon le National Museum of Ireland, Samhain, premier jour de l’hiver, était célébré le 1er novembre, et l’on croyait que les âmes des morts revenaient alors dans la maison familiale. Le nom d’Halloween, ajoute le musée, désigne la veille de la fête de tous les saints.

La Toussaint a une autre histoire. Selon l’Église catholique en France, le pape Boniface IV transforme le Panthéon de Rome en église dédiée à tous les saints et la fête est fixée au 1er novembre en 835. L’Encyclopædia Universalis date plutôt de 837 son arrivée en France et précise que son origine n’est pas le souvenir des morts.

Ce souvenir vient le lendemain : pour que la Toussaint garde son caractère propre, rapporte le diocèse de Paris, Odilon, abbé de Cluny, impose vers l’an 1000 à ses monastères une messe de commémoration des défunts le 2 novembre. Rien, dans ces sources, ne dit que la Toussaint a remplacé Samhain. Autour du 11 novembre, Britanniques et Canadiens arborent, eux, le coquelicot, symbole du souvenir.

Comment les peintres ont-ils représenté l’automne ?

Par ses fruits, ses travaux et ses couleurs. Le Louvre conserve une série des Saisons de Giuseppe Arcimboldo, très probablement commandée en 1573 par l’empereur Maximilien II pour l’Électeur Auguste de Saxe, d’après une première série de 1563. Ces têtes faites de végétaux évoquent, selon le musée, les quatre âges de l’homme et les quatre tempéraments : à l’Automne revient le caractère mélancolique.

Le Retour du troupeau de Pieter Bruegel l’Ancien, daté de 1565 et conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne, montre la descente du bétail des alpages. Pour le musée, ce motif d’automne, inhabituel aux Pays-Bas, est une nouveauté de Bruegel, et le vrai sujet reste le paysage dans ses couleurs de saison.

Nicolas Poussin peint entre 1660 et 1664, pour le duc de Richelieu, ses Quatre Saisons, aujourd’hui au Louvre : son Automne, dit La Grappe de Canaan, montre la grappe géante rapportée de la Terre promise et évoque, selon le musée, la Terre, l’un des quatre éléments.

Canopée d’Auvergne en automne, tableau forêt d’automne vue d’en haut, photographie de Fabrice Courtadon
Une forêt d’automne vue d’en haut, sans ciel ni horizon : cimes vertes, rousses et or sourd« Canopée d’Auvergne en automne » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Quels automnes dans les photographies de Fabrice Courtadon ?

Fabrice Courtadon photographie l’automne d’Auvergne au ras du sol comme de loin. Sur L’empreinte de l’automne, des feuilles rousses recouvrent un chemin et un vieux muret moussu, sous les troncs gris des hêtres ; sur Le temps qui passe, un tapis de feuilles rouges précède un chemin qui s’enfonce dans le brouillard. Voyez aussi notre page sur la hêtraie d’Auvergne et l’article sur l’impermanence et la hêtraie de Ceyssat.

Canopée d’Auvergne en automne ne montre que des cimes serrées, sans ciel ni horizon. L’étang de Thyx sous un ciel blanc, de la collection Autour de l’eau, double les cimes rousses et vertes dans l’eau. Pour voir ces couleurs sur le terrain, lisez notre article sur l’automne en Auvergne et ses plus belles couleurs.

L’étang de Thyx sous un ciel blanc, tableau étang de Thyx, forêt d’automne, photographie de Fabrice Courtadon
Cimes rousses, rouges et vertes reflétées dans l’étang de Thyx, sous un ciel laiteux« L’étang de Thyx sous un ciel blanc » en tableau, dès 50 € 45 €

Deux images retouchées « façon aquarelle », de la collection Illustrations, disent la fin de la saison : une barque immobile au pied d’arbres dénudés, sous un ciel blanc, et une route déserte sous une voûte d’arbres roux, dans la brume.

La plupart de ces photographies figurent dans la sélection de tableaux d’automne ; les deux chemins et la feuille sur l’eau sont aussi parmi les tableaux de feuilles, et les tons les plus chauds parmi les tableaux rouges. Les deux chemins et la canopée appartiennent à la collection Regards singuliers. Toutes sont imprimées à la demande sur aluminium Dibond, en finition mate.

Questions fréquentes

Que représente l’automne ?

Au figuré, la maturité qui décline : le Trésor de la langue française cite « l’automne de la vie ». C’est aussi la saison des récoltes et, début novembre, celle du souvenir des morts.

Quel poème parle de l’automne ?

Entre autres, la « Chanson d’automne » de Verlaine (1866), « L’Automne » de Lamartine (1820), « To Autumn » de Keats (1819) et « Automne malade » d’Apollinaire, dans Alcools (1913).

Pourquoi les feuilles mortes évoquent-elles la mort ?

Parce que leur chute annonce l’hiver : Chateaubriand, cité par le Trésor de la langue française, la rapprochait de la fête des morts. Mais l’arbre survit à ses feuilles, d’où aussi l’idée de cycle.

Pourquoi Verlaine a-t-il été lu à la radio en 1944 ?

Ses vers ont servi de message codé sur la BBC avant le Débarquement : selon le musée du 5 juin 1944 de Tourcoing, le début passe les 1er, 2 et 3 juin, la suite le 5 juin à 21 h 15.

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