Coquelicot : symbole du souvenir, du sommeil et de la consolation
Le coquelicot est d’abord, depuis la Première Guerre mondiale, le symbole du souvenir des soldats morts : c’est le poppy que Britanniques et Canadiens portent autour du 11 novembre, dans le sillage du poème « In Flanders Fields », écrit en 1915. En France, ce rôle revient au bleuet. Bien avant, Grecs et Romains associaient déjà les pavots au sommeil et à Déméter, la déesse des moissons.
En bref
- « In Flanders Fields » a été composé le 3 mai 1915, près d’Ypres, par le médecin militaire canadien John McCrae, et publié sans nom d’auteur par Punch le 8 décembre 1915 (L’Encyclopédie canadienne).
- Le premier Poppy Appeal de la Royal British Legion date de novembre 1921 ; ses premiers coquelicots avaient été confectionnés par des Françaises, à l’initiative d’Anna Guérin.
- Le Bleuet de France est né en 1916 à l’Hôtel des Invalides ; l’association a été créée en 1934 (Éduscol).
- Chez Ovide, des pavots fleurissent devant la grotte du Sommeil, et Cérès en cueille pour endormir un enfant.
- « Coquelicot », attesté en 1545, est une variante de « coquerico », le coq, par allusion à la couleur de sa crête (CNRTL).

Pourquoi le coquelicot est-il devenu la fleur du souvenir ?
Parce qu’il a fleuri sur les champs de bataille de la Grande Guerre. La Royal British Legion raconte qu’en France et en Belgique, les terres retournées par des millions d’obus ont ramené à la surface des graines de coquelicot, qui ont germé à la lumière : des millions de fleurs rouges ont couvert le paysage dévasté. Les soldats les cueillaient en souvenir ou les glissaient dans leurs lettres. Le coquelicot est d’ailleurs une plante messicole, c’est-à-dire une fleur des champs de céréales, selon la LPO.
Le 2 mai 1915, pendant la deuxième bataille d’Ypres, en Belgique, Alexis Helmer, un jeune ami de John McCrae, est tué. McCrae, médecin montréalais engagé comme major et chirurgien dans l’artillerie canadienne, conduit lui-même l’inhumation, faute d’aumônier. Le lendemain, 3 mai, il compose « In Flanders Fields », où les coquelicots fleurissent entre les croix, rangée après rangée. Le magazine britannique Punch publie le poème sans nom d’auteur le 8 décembre 1915 ; repris ensuite sous la signature de McCrae, il devient le poème le plus populaire de la guerre et popularise le coquelicot rouge comme symbole du souvenir, rappelle L’Encyclopédie canadienne dans son article sur le poème. Son adaptation française, « Au champ d’honneur », due à Jean Pariseau, est gravée à côté de l’original dans la Salle du Souvenir de la tour de la Paix, sur la colline du Parlement à Ottawa, selon Postes Canada.

Sur cette photographie de Fabrice Courtadon, prise dans le Val de Loire, seuls les deux coquelicots ont gardé leur couleur ; elle appartient à la collection Regards singuliers, qui réunit ces jeux de couleur et de noir et blanc.
Qui a fait du coquelicot le poppy du 11 novembre ?
Deux femmes, une Américaine et une Française. En 1918, en réponse au poème de McCrae, l’universitaire américaine Moina Michael écrit des vers où l’on porte le coquelicot rouge en l’honneur des morts, et milite pour en faire un symbole du souvenir. Au même moment, la conférencière française Anna Guérin défend la même idée. En 1921, elle présente à la British Legion, alors récemment fondée, des coquelicots fabriqués par des Françaises pour financer l’aide aux enfants des régions dévastées. La Legion en commande un million ; quand le comte Haig annonce qu’il souhaite faire du 11 novembre un « jour du coquelicot », elle en commande huit millions de plus à des fabricants britanniques.
Les coquelicots s’écoulent presque aussitôt : ce premier Poppy Appeal rapporte plus de 100 000 livres pour aider les anciens combattants à se loger et à trouver du travail. En 1922, la Legion fonde sa propre fabrique, la Poppy Factory, où travaillent d’anciens soldats handicapés, comme le retrace la page de la Royal British Legion sur l’histoire du poppy. Le coquelicot que l’on voit à la boutonnière des Britanniques en novembre descend de cette campagne.
Pourquoi la France porte-t-elle un bleuet plutôt qu’un coquelicot ?
La France a choisi une autre fleur des champs. En 1916, deux infirmières de l’Hôtel national des Invalides, Charlotte Malleterre et Suzanne Leenhardt, font coudre des bleuets à des soldats grièvement blessés : le travail les occupe et la vente leur rapporte un peu d’argent, explique Éduscol, le site du ministère de l’Éducation nationale. L’association Bleuet de France naît en 1934 et organise sa première collecte lors du 11 novembre ; en 1957, le 8 mai devient une deuxième journée de collecte. Éduscol présente le bleuet comme l’équivalent français du poppy britannique.
Le choix du bleuet tient à un mot d’argot. Dans les tranchées, les « bleuets » désignaient les très jeunes conscrits de la classe 1917, reconnaissables à leur uniforme bleu horizon encore neuf, rappelle l’Œuvre nationale du Bleuet de France dans son historique. Le coquelicot n’est pas absent de cette histoire française : avec le bleuet et la marguerite, il composait des bouquets bleu, blanc, rouge qui ornaient les autels de campagne, et certains soldats piquaient ces trois fleurs à leur boutonnière avant de partir au combat.

Cette image en couleur sélective ne garde, elle aussi, que le rouge des coquelicots. Le procédé est détaillé dans notre article sur la sélection de couleur.
Que symbolisait le pavot dans l’Antiquité ?
Le sommeil, d’abord. Hypnos, la personnification grecque du sommeil, le Somnus des Romains, était représenté un pavot à la main. À propos d’une statue d’Hypnos aux bras perdus, copie romaine d’un original grec, le musée d’archéologie classique de Cambridge explique que le dieu tenait sans doute un pavot dans la main gauche et versait le sommeil d’une corne de la main droite.
Ovide reprend l’image dans les Métamorphoses (livre XI, vers 605) : devant la grotte où dort le Sommeil fleurissent des pavots féconds et des herbes sans nombre, dont la Nuit recueille le suc pour répandre l’assoupissement sur la terre. Morphée y est l’un des fils du Sommeil, chargé d’imiter dans les rêves les figures humaines. Son nom est passé dans la langue : le CNRTL rattache le mot « morphine », apparu en 1817, à Morphée, du grec morphê, la forme.
Les pavots accompagnent aussi Déméter, la Cérès des Romains. Le Getty Museum rappelle que ses fleurs étaient les pavots, parce qu’ils poussaient au milieu des blés, et que la poésie grecque la montre des pavots à la main, comme Théocrite dans sa septième Idylle. Dans les Fastes (livre IV), Ovide raconte que Cérès, à la recherche de sa fille Proserpine, cueille dans un champ le doux pavot qui fait dormir, puis le donne à boire avec du lait tiède au petit Triptolème, malade et privé de sommeil. Le même livre cite le rhoeas parmi les fleurs que cueillent les compagnes de Proserpine : c’est ce mot grec que porte encore le nom savant du coquelicot, Papaver rhoeas, rappelle Tela Botanica.

Que signifie le coquelicot dans le langage des fleurs ?
Les recueils du XIXe siècle ne s’accordent pas toujours, et notre article sur le langage des fleurs compare leurs correspondances. Celui que Kate Greenaway a illustré, publié à Londres en 1884, distingue trois pavots : le rouge signifie la « consolation », l’écarlate une « extravagance fantasque », le blanc le « sommeil », mais aussi « mon fléau, mon antidote ». On y retrouve, sous une forme sentimentale, l’association très ancienne du pavot et du sommeil.
Comment les peintres ont-ils regardé le coquelicot ?
Pas seulement comme un symbole. En 1873, Claude Monet, installé à Argenteuil, peint Coquelicots, un paysage où se tiennent, au premier et au second plan, deux couples formés d’une mère et d’un enfant. Le musée d’Orsay, qui conserve le tableau, y reconnaît sans doute Camille, la femme du peintre, et leur fils Jean. Monet le présente en 1874 à la première exposition du groupe impressionniste, dans les anciens ateliers du photographe Nadar.

Fabrice Courtadon a pris le parti inverse de la prairie : un coquelicot seul, isolé sur fond noir. L’histoire de cette image est racontée dans notre article sur le coquelicot dans l’obscurité.
Ses coquelicots et pavots, du coquelicot accompagné d’un épi de plantain aux coquelicots devant l’abbaye, se retrouvent dans la collection fleurs et parmi nos tableaux rouges. Pour une autre fleur chargée d’histoire, lisez aussi la signification du tournesol.
Questions fréquentes
Quelle est la signification du coquelicot ?
Tout dépend du contexte. Depuis la Première Guerre mondiale, il symbolise au Royaume-Uni et au Canada le souvenir des soldats morts. Dans l’Antiquité, le pavot était associé au sommeil et à Déméter. Dans le langage des fleurs illustré par Kate Greenaway (1884), le coquelicot rouge signifie la consolation.
Pourquoi porte-t-on un coquelicot le 11 novembre ?
Parce que les coquelicots ont fleuri sur les champs de bataille de France et de Belgique, et que le poème « In Flanders Fields » de John McCrae (1915) en a fait la fleur du souvenir. La Royal British Legion vend des coquelicots pour le 11 novembre depuis 1921.
Quelle différence entre le coquelicot et le Bleuet de France ?
Ce sont deux fleurs du souvenir de la Grande Guerre. Le coquelicot, ou poppy, est porté surtout au Royaume-Uni et au Canada ; en France, on porte le Bleuet de France, né en 1916 aux Invalides, notamment autour du 11 novembre et du 8 mai.
Le coquelicot est-il un pavot ?
Oui. Son nom scientifique est Papaver rhoeas : papaver signifie « pavot » en latin, et rhoeas est le nom grec du coquelicot. Il appartient donc au même genre que les autres pavots.
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