Symbolique de l’abeille : Égypte, Childéric, Napoléon et la ruche
L’abeille est d’abord un symbole de pouvoir : dans l’Égypte ancienne, elle figure dans le titre des pharaons, et en 1804 Napoléon en fait l’un des emblèmes de l’Empire, en souvenir des « abeilles » d’or trouvées dans la tombe du roi franc Childéric Ier. Les Grecs et les Romains y voyaient aussi l’éloquence et une cité bien réglée, d’où son image de symbole du travail. Voici ces traditions, chacune avec sa source.
En bref
- En Égypte, le titre royal nswt-bjtj, « celui du jonc et de l’abeille », associe l’abeille à la Basse-Égypte ; il est attesté dès la Ire dynastie.
- En 1653, la tombe de Childéric Ier, à Tournai, livre environ 300 « abeilles » d’or (BnF) ; la Fondation Napoléon précise qu’il s’agit en réalité de cigales.
- Le manteau impérial de Napoléon est « de velours pourpre semé d’abeilles d’or » ; la Fondation Napoléon présente l’abeille comme un symbole « d’immortalité et de résurrection ».
- Le Trésor de la langue française définit l’abeille héraldique comme le « symbole de l’autorité impériale ».

Que symbolisait l’abeille dans l’Égypte ancienne ?
En Égypte, l’abeille est un signe royal. Le hiéroglyphe qui la représente sert à écrire le mot « abeille », bjt, mais on le rencontre surtout dans le titre nswt-bjtj, littéralement « celui du jonc et de l’abeille », que l’on rend par « roi de Haute et de Basse-Égypte » : le jonc désigne la Haute-Égypte, l’abeille la Basse-Égypte. Le premier pharaon à porter ce titre est Den, sous la Ire dynastie. Les égyptologues restent prudents : une notice du Global Egyptian Museum rappelle que le sens précis et l’origine de ce titre demeurent obscurs.
L’abeille est aussi liée au soleil. Un texte rituel égyptien, le papyrus Salt 825, raconte que le dieu Rê pleura, que ses larmes tombèrent sur le sol et devinrent une abeille, qui s’affaira parmi les fleurs ; ainsi naquirent la cire et le miel, selon la traduction citée par l’égyptologie de l’université de Birmingham. C’est un mythe, non une explication : il dit l’origine divine que l’on prêtait au miel et à la cire.
Le miel était aussi une ressource bien réelle. Selon l’entomologiste Gene Kritsky, auteur de The Tears of Re, la plus ancienne scène d’apiculture connue en Égypte est un relief du temple solaire du roi Niouserrê, à Abou Ghorab, vers 2400 av. J.-C. : un apiculteur y récolte le miel de ruches cylindriques couchées, pendant que d’autres le versent dans des jarres.
Que symbolisait l’abeille chez les Grecs et les Romains ?
Dans l’Antiquité grecque, l’abeille est d’abord une image de la parole. Une légende, rappelée par l’Académie française, veut que des abeilles se soient posées sur les lèvres de Pindare et de Platon enfants, pour annoncer la qualité de leurs œuvres. Le dictionnaire de Furetière (1701), cité par le Trésor de la langue française, rapporte que Xénophon fut appelé « la Muse et l’Abeille athénienne », à cause de la douceur de son style.
Les Romains y voient plutôt une cité. Dans le livre IV des Géorgiques, Virgile écrit que les abeilles « seules habitent une cité et des demeures communes » et vivent sous des lois ; il leur prête un « roi » qui préside à leurs travaux. Le même livre rapporte une croyance antique, la bougonie : le berger Aristée retrouve ses abeilles disparues en sacrifiant des taureaux, des flancs desquels sort un essaim. C’est un récit poétique, non une observation : les abeilles ne naissent pas des carcasses.
Ce « roi » a longtemps survécu. Au XVIIe siècle, le naturaliste néerlandais Jan Swammerdam trouva des œufs à l’intérieur du prétendu roi des abeilles, montrant qu’il s’agissait d’une reine ; ses observations ne parurent qu’après sa mort, dans sa Bible de la nature.
Pourquoi saint Ambroise est-il le patron des apiculteurs ?
La même légende s’attache à un saint. Selon l’Académie française, un phénomène semblable serait arrivé à saint Ambroise, évêque de Milan, ce qui explique qu’il soit devenu, après sa canonisation, le patron des apiculteurs. Son nom, ajoute l’Académie, signifie proprement « l’immortel », et le miel passait depuis l’Antiquité pour un élixir de jeunesse.

Pourquoi des abeilles d’or dans la tombe de Childéric ?
En 1653, on découvre à Tournai, près de l’église Saint-Brice, la tombe de Childéric Ier, roi franc mort en 481 et père de Clovis. D’après la notice de la Bibliothèque nationale de France sur le trésor de Childéric, elle contient une épée d’apparat, des bijoux en or et cloisonnés, des monnaies d’or, une bague sigillaire, une tête de taureau en or et environ 300 « abeilles » d’or. Ces petits ornements sertis de grenats sont baptisés « abeilles » dès leur découverte, souligne l’Encyclopædia Universalis.
Le trésor est offert à Louis XIV en 1665 et rejoint son Cabinet des médailles, aujourd’hui rattaché à la BnF. En 1831, il est volé : seuls quelques objets, immergés dans la Seine, sont récupérés.
Restait à savoir ce que représentaient ces bijoux. L’érudit Jean-Jacques Chifflet, dans ses ouvrages publiés à Anvers en 1655 et 1658, y voit l’origine graphique de la fleur de lys, une thèse que l’Universalis juge « insoutenable ». La Fondation Napoléon précise que ces « abeilles » sont en réalité des cigales. C’est pourtant sous le nom d’abeilles qu’elles allaient servir un nouvel empereur.
Pourquoi Napoléon a-t-il choisi l’abeille ?
En 1804, Napoléon cherche des emblèmes pour l’Empire. Le 12 juin, la question est débattue au Conseil d’État : le coq, l’aigle, le lion, l’éléphant, le chêne et les abeilles sont proposés. Cambacérès préfère les abeilles, « puisque la France est organisée autour d’un chef, comme une ruche », rapporte la Fondation Napoléon dans sa page sur la symbolique impériale. Le décret du 10 juillet 1804 retient l’aigle pour les armes de l’Empereur, mais les abeilles restent : symbole « d’immortalité et de résurrection », elles rattachent la nouvelle dynastie aux origines de la France, puisqu’on les tient alors pour le plus ancien emblème des souverains du pays.
Pour le sacre, les abeilles couvrent le manteau impérial, « de velours pourpre semé d’abeilles d’or », et, selon l’Universalis, les tentures de Notre-Dame, à la place des fleurs de lys. Elles restent un emblème de l’État jusqu’en 1814, pendant les Cent-Jours, puis sous Napoléon III, de 1852 à 1870.
Pourquoi l’abeille est-elle le symbole du travail ?
L’idée vient de la ruche, où chacune semble avoir sa tâche. Le Trésor de la langue française relève les adjectifs qui accompagnent le mot chez les écrivains, « travailleuse », « laborieuse », « infatigable », et note qu’ils sont presque toujours élogieux. Il cite Victor Hugo, pour qui « le grand symbole de l’architecture, Babel, est une ruche », et rappelle que l’abeille, « symbole du travail », fut adoptée comme emblème par Napoléon Ier, qui voulait aussi rattacher sa dynastie aux Mérovingiens.
Deux villes en ont fait un emblème. À Rome, le pape Urbain VIII Barberini commande en 1644 au Bernin la fontaine des Abeilles, petite fontaine publique voisine de celle du Triton ; ses trois abeilles sculptées rappellent les armes de la famille du pape. Démontée en 1865, elle a été refaite en 1915 par le sculpteur Adolfo Apolloni et se trouve aujourd’hui à l’angle de la piazza Barberini et de la via Veneto, selon le site touristique de la Ville de Rome. À Manchester, les armoiries de 1842 montrent un globe couvert d’abeilles : selon l’office de tourisme de la ville, l’abeille ouvrière, la « worker bee », est née de l’industrie et représente une ville bâtie par ses travailleurs.
Quelles abeilles dans les photographies de Fabrice Courtadon ?
Fabrice Courtadon photographie les abeilles au travail, de très près. Dans un potager d’Auvergne, deux d’entre elles plongent au cœur d’une fleur de courge ; sur deux passiflores où tout est gris, seules les abeilles gardent leur couleur dorée. Plusieurs titres de ses œuvres évoquent la raréfaction des butineuses, un sujet que nous traitons dans l’article Et si les insectes n’étaient bientôt plus qu’un souvenir.

Sur fond noir, deux images se répondent : une abeille posée au sommet du cœur d’une fleur jaune d’or, et une autre en vol vers une fleur jaune au cœur sombre. Pour voir ces insectes de plus près, notre article sur la photographie macro des insectes et des fleurs détaille la démarche, et celui sur la passiflore en macro explore le cœur de cette fleur.


Ailleurs, une abeille minuscule traverse le gris entre deux pavots de Californie orangés. D’autres animaux ont leur symbolique : lisez celle du chat, de Bastet au chat noir, et celle du papillon.

Ces photographies sont réunies dans les collections Fleurs et Macro et animaux ; celles où domine le jaune figurent aussi dans la sélection de tableaux jaunes. Toutes sont imprimées à la demande sur aluminium Dibond, en finition mate.
Questions fréquentes
Pourquoi l’abeille est-elle le symbole de Napoléon ?
En 1804, elle est retenue pour rattacher la dynastie impériale aux origines de la France, en souvenir des « abeilles » d’or de la tombe de Childéric Ier. La Fondation Napoléon la présente comme un symbole d’immortalité et de résurrection.
Les abeilles de Childéric étaient-elles vraiment des abeilles ?
Non, selon la Fondation Napoléon, qui précise qu’il s’agit en réalité de cigales. Ces quelque 300 ornements d’or sertis de grenats ont été baptisés « abeilles » lors de leur découverte, en 1653.
Que symbolise l’abeille dans l’Égypte ancienne ?
La royauté sur la Basse-Égypte, dans le titre pharaonique « celui du jonc et de l’abeille ». Un mythe du papyrus Salt 825 fait naître les abeilles des larmes du dieu Rê.
Pourquoi l’abeille symbolise-t-elle le travail ?
Parce que la ruche sert d’image à une cité organisée où chacune a sa tâche, comme chez Virgile. Le Trésor de la langue française relève chez les écrivains les qualificatifs « travailleuse », « laborieuse » et « infatigable ».
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