Symbolique du chat : Bastet, chat noir, maneki-neko et superstitions
Le chat n’a pas une symbolique unique : chaque époque lui a prêté la sienne. Dans l’Égypte ancienne, il est l’animal de Bastet, déesse protectrice associée à la fécondité ; dans l’Europe du XIIIe siècle, un texte pontifical l’associe au culte du diable ; au Royaume-Uni et au Japon, le chat noir passe au contraire pour un porte-bonheur. Voici d’où viennent ces significations, avec les sources qui les attestent.
En bref
- En Égypte, Bastet n’est figurée qu’en lionne jusqu’à la fin du Nouvel Empire, puis aussi en chatte ; son grand sanctuaire était à Bubastis, dans le delta du Nil (American Research Center in Egypt).
- En juin 1233, la lettre Vox in Rama du pape Grégoire IX décrit des hérétiques qui embrassent un chat noir ; elle n’ordonne pas de tuer les chats.
- À Ypres, en Belgique, des chats vivants ont été jetés du beffroi jusqu’en 1817 ; la fête des chats y lance aujourd’hui des peluches, tous les trois ans.
- Au Japon, le maneki-neko lève la patte droite pour attirer l’argent, la gauche pour attirer les clients, selon la tradition rapportée par National Geographic.

Que symbolisait le chat dans l’Égypte ancienne ?
En Égypte, le chat est d’abord lié à Bastet. D’après l’American Research Center in Egypt, la déesse apparaît dès la IIe dynastie, vers 2800 av. J.-C., sous les traits d’une femme à tête de lionne, et elle n’est montrée qu’en lionne jusqu’à la fin du Nouvel Empire ; la forme de chatte vient ensuite. Son principal lieu de culte était Bubastis, dans le sud-est du delta du Nil. Le Metropolitan Museum of Art la décrit comme une puissante figure protectrice, connue aussi pour sa fécondité : protection et fécondité sont les deux valeurs que les musées attachent à la chatte égyptienne.
L’animal lui-même était entouré d’égards. L’historien grec Hérodote, qui décrit l’Égypte vers 450 av. J.-C., rapporte que lors d’un incendie les Égyptiens se souciaient davantage des chats que du feu, et que dans une maison où un chat mourait de mort naturelle, les habitants se rasaient les sourcils. Il ajoute que les chats morts étaient portés à Bubastis pour y être embaumés et ensevelis.
L’archéologie confirme l’ampleur de ce culte, tout en nuançant l’image d’un animal intouchable. Le British Museum indique que les chats momifiés étaient des offrandes à la déesse : acheter et inhumer une momie était un acte de piété. Il précise aussi que beaucoup de ces chats sont morts jeunes, peut-être lors d’abattages réguliers dans des élevages liés aux temples, pour fournir les fidèles.
Où voir des chats de Bastet aujourd’hui ?
Au Louvre, une statue en alliage cuivreux de chatte assise, datée de la Basse Époque (de 664 à 332 av. J.-C.), est identifiée avec prudence à Bastet : sa notice écrit « Bastet (?) ». Elle se trouve, selon la notice des collections du Louvre, dans la salle 318 de l’aile Sully. Au British Museum, le « chat Gayer-Anderson », un bronze daté d’environ 600 av. J.-C., représente lui aussi une forme de Bastet.
Pourquoi le chat a-t-il eu mauvaise réputation au Moyen Âge ?
Le Moyen Âge n’a pas rejeté le chat en bloc. La British Library rappelle qu’on l’appréciait comme chasseur de souris et comme compagnon : au début du XIIIe siècle, l’Ancrene Wisse, une règle anglaise destinée aux recluses, ne leur permet qu’un seul animal, et cet animal est un chat.
La suspicion vient des textes contre l’hérésie. En juin 1233, le pape Grégoire IX adresse notamment au roi Henri (VII) de Germanie et à l’archevêque de Mayence la lettre Vox in Rama, qui dénonce une secte en Allemagne. Nourri des rapports de l’inquisiteur Conrad de Marbourg, le texte décrit une statue de chat noir qui s’anime et que les initiés embrassent, puis un personnage dont le bas du corps est velu comme celui d’un chat. Le chat noir se trouve ainsi associé, dans un document officiel, au culte du diable. En revanche, la lettre n’ordonne pas de tuer les chats, et l’extermination générale qu’on lui attribue parfois ne repose sur aucune preuve documentaire ou archéologique connue.
Des rites cruels ont pourtant existé. À Ypres, en Belgique, on jetait des chats vivants du haut du beffroi ; d’après la radio-télévision flamande VRT, qui s’appuie sur le premier archiviste de la ville, le dernier lancer d’animaux vivants date de 1817. L’historienne Hannelore Franck, interrogée par la VRT, y voit peut-être un rituel destiné à éloigner le mal, à une époque où le chat avait mauvaise presse. Depuis 1938, ce sont des chats en peluche que le bouffon de la ville lance de la tour ; la grande Kattenstoet, le cortège des chats d’Ypres, existe depuis 1955 et revient tous les trois ans, le deuxième dimanche de mai.

Le chat noir porte-t-il malheur ou bonheur ?
Tout dépend du pays, et il s’agit dans tous les cas de superstitions. L’association britannique Cats Protection en recense plusieurs : au Royaume-Uni, croiser un chat noir passe pour un signe de chance, surtout s’il traverse votre chemin ; en Écosse, un chat noir errant sur le pas de la porte annoncerait la prospérité. Au Japon aussi, le chat noir qui croise votre route passe pour un bon présage. Aux États-Unis, en Belgique et en Espagne, il est au contraire réputé porter malheur. Dans le sud de la France, selon la même association, le chat noir est parfois appelé « matagot », et il porterait chance à qui le traite bien.
À Paris, le chat noir est même devenu une enseigne. Le cabaret du Chat Noir, à Montmartre, devait sans doute son nom à la nouvelle d’Edgar Allan Poe, d’après le Victoria and Albert Museum, qui conserve l’affiche de Théophile-Alexandre Steinlen, Tournée du Chat Noir avec Rodolphe Salis, une lithographie en couleurs datée d’environ 1896. Édouard Manet, lui, a placé un chat noir au pied du lit dans Olympia, peinte en 1863 et conservée au musée d’Orsay. D’après la notice du musée d’Orsay, le sujet autant que la manière de peindre expliquent le scandale que le tableau provoqua au Salon de 1865.
Que signifie le chat qui lève la patte au Japon ?
Le maneki-neko, le « chat qui fait signe », est une figurine de chat assis, une patte levée. D’après National Geographic, la patte droite levée est censée attirer l’argent et la chance, la gauche les amis et les clients.
Deux légendes se disputent son origine. Au temple Gōtoku-ji, à Setagaya (Tokyo), on raconte qu’à l’époque d’Edo le seigneur Ii Naotaka fut attiré à l’intérieur par Tama, le chat de l’abbé, alors qu’un éclair manquait de le frapper ; reconnaissant, il devint le protecteur du temple. L’autre récit vient du sanctuaire d’Imado, à Asakusa : en 1852, une vieille femme trop pauvre pour nourrir son chat aurait rêvé que l’animal lui demandait de façonner des figurines à son image. La même année, l’estampiste Utagawa Hiroshige représentait ces chats, dans ce que National Geographic décrit comme la plus ancienne image connue du chat porte-bonheur. Ces légendes disent ce que l’on attend de la figurine ; elles ne prouvent pas son origine.


Que disent les expressions françaises sur le chat ?
Le Trésor de la langue française, consultable sur le portail du CNRTL, fait venir le mot du bas latin cattus, attesté au IVe siècle et d’origine incertaine, et relève plusieurs expressions :
- Donner sa langue au chat : renoncer à trouver la clé d’une énigme.
- Chat échaudé craint l’eau froide : une expérience malheureuse doit servir de leçon de prudence.
- La nuit, tous les chats sont gris : l’obscurité efface les différences entre les personnes ou entre les choses.
- Appeler un chat un chat : dire les choses franchement.
- À bon chat bon rat : la défense doit être à la mesure de l’attaque.
Aucune ne fait allusion à la sorcellerie : elles parlent de prudence, de riposte et d’obscurité.
Quels chats Fabrice Courtadon a-t-il photographiés ?
Les photographies de chats de Fabrice Courtadon sont des portraits de près, souvent centrés sur le regard. À côté du chat noir sur son rocher, on trouve surtout des chats de maison : un chaton tigré lové dans un plaid, en noir et blanc, qui a sa place dans notre sélection de tableaux en noir et blanc ; un chaton gris perle aux yeux ambrés caché derrière sa fourrure ; un chat au masque brun qui vous observe, le menton sur un coussin tressé.

Les chats aux yeux bleus et au pelage clair forment une petite série. L’article Garder les chats de quelqu’un raconte une rencontre avec des Ragdoll, et notre guide Chat tigré : une race ou une robe ? explique les motifs et les couleurs du pelage. D’autres animaux ont leur symbolique : lisez celle de l’abeille, de l’Égypte à Napoléon, ou notre article sur les oiseaux dans l’art.


Ces portraits sont réunis dans la sélection de tableaux de chats et dans la collection Macro et animaux ; le chat noir aux pensées jaunes a sa fiche, Présence discrète. Chacun est imprimé à la demande sur aluminium Dibond, en finition mate.
Questions fréquentes
Que symbolise le chat dans l’Égypte ancienne ?
Il est l’animal de la déesse Bastet, que les musées décrivent comme une figure protectrice liée à la fécondité. Son culte se concentrait à Bubastis, dans le delta du Nil, où des chats momifiés lui étaient offerts.
Pourquoi associe-t-on le chat noir au diable ?
En Europe, l’association apparaît notamment dans la lettre Vox in Rama du pape Grégoire IX, en 1233, qui décrit des hérétiques embrassant un chat noir. Ce texte n’ordonne pas pour autant de tuer les chats.
Le chat noir porte-t-il bonheur ?
Selon les superstitions recensées par l’association Cats Protection, oui au Royaume-Uni et au Japon, surtout s’il croise votre chemin ; non aux États-Unis, en Belgique ou en Espagne, où il est réputé porter malheur.
Que veut dire la patte levée du maneki-neko ?
Dans la tradition japonaise rapportée par National Geographic, la patte droite levée attire l’argent et la chance, la gauche les amis et les clients.
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