La déesse Iris, tableau iris mauve et pourpre, photographie de Fabrice Courtadon

Le langage des fleurs : son histoire et la signification de chaque fleur

Par la rédaction de Murs d’Art · Photographies de Fabrice Courtadon16 octobre 20268 min de lecture

Le langage des fleurs est un code, à la mode au XIXe siècle, qui attribue un sentiment à chaque fleur, de sorte qu’un bouquet puisse dire ce qu’on n’ose pas écrire. Il est né en France : le livre qui l’a lancé, Le Langage des fleurs de Charlotte de La Tour, paraît à Paris en 1819. Il n’existe pourtant aucun dictionnaire officiel, et la même fleur peut dire la beauté, la froideur ou l’orgueil selon l’auteur que l’on suit.

En bref

  • Le Langage des fleurs, signé Charlotte de La Tour, paraît en 1819 et propose environ 300 significations, selon la bibliothèque de la Royal Horticultural Society.
  • « Charlotte de La Tour » est un pseudonyme, le plus souvent attribué à Louise Cortambert.
  • Le livre situe l’origine du langage en Turquie ; les historiens la jugent aujourd’hui plutôt européenne.
  • Le dernier grand livre anglais du genre au XIXe siècle est celui de Kate Greenaway, en 1884.
  • Chez La Tour, le coquelicot dit la consolation, l’iris le message, le myosotis « Ne m’oubliez pas ».
Rose blanche au cœur jaune, tableau rose blanche au cœur jaune, photographie de Fabrice Courtadon
Une rose blanche au cœur jaune, seule en couleur parmi des boutons et des tiges passés au gris« Rose blanche au cœur jaune » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Dans le livre de Charlotte de La Tour, cette rose blanche photographiée par Fabrice Courtadon dirait le silence. Avant de voir fleur par fleur, il faut comprendre d’où vient ce code et pourquoi il change d’un livre à l’autre.

Qu’est-ce que le langage des fleurs ?

C’est une manière de communiquer par bouquets. Chaque plante porte un sentiment, et l’assemblage forme une phrase. La Royal Horticultural Society rappelle que, des années 1820 aux années 1880, il était à la mode en Grande-Bretagne et aux États-Unis d’envoyer ainsi des messages codés, avec surtout des fleurs de jardin faciles à reconnaître. Le livre de La Tour, que l’on peut feuilleter en ligne dans une édition ancienne, suit le calendrier des floraisons, de mars à décembre, puis se termine par un « Dictionnaire du langage des fleurs » classé par sentiments : on cherche « Consolation » et l’on trouve le coquelicot.

D’où vient le langage des fleurs ?

Charlotte de La Tour lui donne une origine orientale. Elle s’appuie sur les lettres écrites de Constantinople par Lady Mary Wortley Montagu, épouse de l’ambassadeur britannique, qui décrivent des messages amoureux composés d’objets symboliques. Ces lettres, écrites entre 1716 et 1718, ont été publiées en 1763. L’exposition « Written in Petals » de la bibliothèque de l’université Cornell nuance ce récit : le système turc utilisait bien d’autres objets que des fleurs et servait plutôt à rappeler des vers de poèmes ; la recherche actuelle voit au langage des fleurs une origine plutôt européenne, sans doute dans les bouquets galants de la France. Une liste associant des fleurs à des sentiments avait déjà été publiée en 1809 par l’orientaliste autrichien Joseph von Hammer-Purgstall.

Qui était Charlotte de La Tour ? Les spécialistes s’accordent sur le pseudonyme, pas sur la personne : le nom le plus souvent avancé est celui de Louise Cortambert. Son livre est le premier entièrement consacré au sujet, et il a servi de base aux systèmes anglais, selon Cornell. Traduit, il inspire des auteurs britanniques et américains qui composent chacun leur version. D’après la Royal Horticultural Society, certains gardent les sens venus de Shakespeare, comme le romarin du souvenir d’Ophélie dans Hamlet, d’autres adoucissent ce qu’ils jugent trop sensuel : la tubéreuse, qui signifiait « volupté » chez La Tour, devient « J’ai vu une jolie fille ». En 1869, John Ingram réunit dans Flora Symbolica des significations venues de sources diverses. Le dessinateur Grandville se moque de la mode dans Les Fleurs animées. Le livre illustré de Kate Greenaway, publié chez Routledge en 1884, est le dernier grand succès anglais du genre.

Que signifie chaque fleur dans le langage des fleurs ?

Le tableau compare deux références : le livre de Charlotte de La Tour (ses éditions du XIXe siècle) et celui de Kate Greenaway (1884), dont nous traduisons les mots anglais.

Fleur Charlotte de La Tour Kate Greenaway (1884)
Rose Beauté Amour
Rose blanche Silence Je suis digne de vous
Rose jaune Infidélité Déclin de l’amour, jalousie
Coquelicot Consolation Consolation
Tournesol Fausses richesses Orgueil (grand), adoration (nain)
Iris Message Message
Hortensia Vous êtes froide Vantardise, insensibilité
Œillet rouge Amour vif et pur Hélas, mon pauvre cœur
Myosotis Ne m’oubliez pas Amour vrai, ne m’oubliez pas
Tulipe Déclaration d’amour Renommée (rouge : déclaration d’amour)
Pâquerette (petite marguerite) Innocence Innocence
Marguerite des prés J’y songerai J’y songerai
Lis blanc Majesté Pureté, douceur
Dahlia Ma reconnaissance surpasse vos soins Instabilité
Pissenlit Oracle Oracle rustique

La rose : beauté, silence ou infidélité ?

La Tour consacre à la rose plusieurs chapitres et presque autant de sens : la rose mousseuse dit « amour, volupté », la couronne de roses la « récompense de la vertu », la rose simple la simplicité, la rose jaune l’infidélité. Pour la rose blanche et le silence, elle raconte que le dieu du Silence était représenté tenant une rose blanche, et que les Anciens sculptaient une rose sur la porte de la salle des festins pour rappeler aux convives de ne rien répéter. Nos sélections de tableaux roses et de tableaux rouges réunissent plusieurs fleurs de ces couleurs.

Coquelicot et tournesol : consolation et fausses richesses

Le coquelicot dit la consolation parce qu’il renfermerait, écrit La Tour, « un baume précieux qui calme la douleur », et que les Anciens en couronnaient le Sommeil. Au XXe siècle, il a pris un autre sens : après le poème In Flanders Fields du médecin canadien John McCrae (1915), il devient au Royaume-Uni la fleur du souvenir des soldats, vendue au profit des anciens combattants depuis 1921. Nous y revenons dans la symbolique du coquelicot. Le tournesol, lui, est mal loti : « fausses richesses », que La Tour rattache aux tournesols d’or découverts au Pérou par les conquérants espagnols. Son histoire est racontée dans la signification du tournesol, et sa course derrière le soleil dans notre article sur l’héliotropisme.

Iris et hortensia : le message et la froideur

La déesse Iris, tableau iris mauve et pourpre, photographie de Fabrice Courtadon
Un iris mauve et pourpre se détache sur un fond vert flou, tige droite« La déesse Iris » en tableau, dès 50 € 45 €

L’iris dit le message parce que ses couleurs, variées comme celles de l’arc-en-ciel, lui ont valu le nom de la messagère des dieux, Iris, qui, précise La Tour, n’apportait que de bonnes nouvelles. Fabrice Courtadon a d’ailleurs intitulé cette photographie « La déesse Iris ». L’hortensia, que l’on ne possède « que depuis peu d’années », écrit La Tour, reçoit un sens plus sévère : « Vous êtes froide », car « on se lasse vite de sa froide beauté ». Greenaway va plus loin et y voit l’insensibilité.

Tendresse, tableau hortensia rose en fleur, photographie de Fabrice Courtadon
Une grappe d’hortensia rose vif sur un fond gris, une grappe blanche entre dans l’image à droite« Tendresse » en tableau, dès 50 € 45 €

L’œillet et le pissenlit : l’amour et l’oracle

Œillet rouge parmi les boutons gris, tableau œillet rouge en noir et blanc, photographie de Fabrice Courtadon
Un œillet rouge éclos au bas de l’image, au pied de tiges et de boutons restés gris« Œillet rouge parmi les boutons gris » en tableau, dès 50 € 45 €

L’œillet rouge dit chez La Tour un « amour vif et pur », l’œillet jaune le dédain, sens que Greenaway reprend. Le pissenlit, enfin, est « l’oracle des champs » : La Tour décrit le jeu qui consiste à souffler sur l’aigrette en pensant à la personne aimée ; s’il reste une seule graine, c’est la preuve qu’elle ne nous oublie pas.

Aigrette de pissenlit au cœur doré, tableau aigrette de pissenlit sur fond noir, photographie de Fabrice Courtadon
Une aigrette de pissenlit vue de face, ronde et grise, au cœur encore jaune, sur un fond noir« Aigrette de pissenlit au cœur doré » en tableau, dès 50 € 45 €

Pourquoi les significations changent-elles d’un livre à l’autre ?

Parce que chaque auteur a fait son propre code. Le tableau le montre : le dahlia, absent de l’édition ancienne de La Tour que nous avons consultée, reçoit dans une édition augmentée la « reconnaissance », et chez Greenaway l’instabilité. Le même livre peut se contredire : l’édition Garnier de La Tour donne la « bienveillance » à la jacinthe et le « jeu » à l’hyacinthe, deux noms de la même fleur. La Royal Horticultural Society explique que les listes, de plus en plus longues, mêlaient noms anglais et américains d’une même plante avec des sens différents, et qu’à partir des années 1850 la manière de présenter la fleur, droite ou penchée, en changeait le sens. Pour le dahlia lui-même, voyez son origine et sa floraison, et, pour ne pas confondre deux fleurs blanches, marguerite ou pâquerette : les différences.

Comment utiliser le langage des fleurs aujourd’hui ?

Selon la Royal Horticultural Society, la mode décline après la Première Guerre mondiale, puis revient à partir des années 1960 ; elle guide aujourd’hui encore le choix de certains bouquets de mariée : celui de Catherine, princesse de Galles, comprenait du myrte, symbole du mariage et de l’amour. Pour composer un bouquet qui parle, trois précautions suffisent. Choisissez une seule référence et dites-la sur la carte (« d’après Charlotte de La Tour »). Préférez les fleurs sur lesquelles les deux livres s’accordent : le coquelicot pour consoler, l’iris pour un message, la pâquerette pour l’innocence. Évitez la rose jaune, l’œillet jaune et l’hortensia si vous ne voulez pas être mal compris. Et pour le texte d’origine, le livre de Kate Greenaway est librement consultable.

Les fleurs de cet article font partie de la collection tableaux de fleurs de Fabrice Courtadon ; ses tournesols et ses tulipes sauvages figurent aussi dans la sélection tableaux jaunes. Les oiseaux ont, eux aussi, leurs symboles : voyez l’oiseau, symbole de liberté.

Questions fréquentes

Quelle fleur dit « je vous aime » dans le langage des fleurs ?

Chez Charlotte de La Tour, le myrte signifie l’amour, la tulipe la déclaration d’amour et l’œillet rouge un amour vif et pur. Chez Kate Greenaway, en 1884, c’est la rose qui dit l’amour, et la tulipe rouge la déclaration.

Quelle fleur offrir pour dire « pensez à moi » ?

Le myosotis : La Tour lui donne « Ne m’oubliez pas » et « Souvenez-vous de moi ». La pensée convient aussi : « Vous occupez ma pensée » chez La Tour, « pensées » chez Greenaway.

Que signifie la rose jaune ?

Rien de flatteur : l’infidélité chez Charlotte de La Tour, le déclin de l’amour et la jalousie chez Kate Greenaway. Mieux vaut l’éviter dans un bouquet qui veut dire quelque chose de tendre.

Qui a inventé le langage des fleurs ?

Personne en particulier. Des listes existaient avant 1819, mais c’est Le Langage des fleurs de Charlotte de La Tour, publié à Paris cette année-là, qui a lancé la mode en France puis en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

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