Lumière jaune derrière un verre texturé, tableau verre texturé éclairé, photographie de Fabrice Courtadon

La photographie abstraite : définition, histoire et techniques

Par la rédaction de Murs d’Art · Photographies de Fabrice Courtadon12 octobre 20268 min de lecture

Une photographie abstraite est une image qui ne cherche pas à montrer un sujet reconnaissable : elle donne la première place aux formes, aux lignes, aux couleurs, aux textures et à la lumière. Elle part le plus souvent d’une chose bien réelle, cadrée de si près, vue à travers un verre ou transformée au point qu’on ne l’identifie plus ; elle peut même se passer d’appareil photo. Les premières photographies entièrement abstraites sont attribuées à l’Américain Alvin Langdon Coburn, avec ses « vortographies » de 1916 et 1917.

En bref

  • Définition : une photo dont le sujet compte moins que la composition ; on la regarde pour ses formes et ses couleurs, pas pour ce qu’elle représente.
  • 1916-1917 : Alvin Langdon Coburn photographie à travers un « vortoscope », trois miroirs assemblés en triangle devant l’objectif ; dix-huit vortographies sont exposées au Camera Club de Londres en février 1917.
  • 1918-1922 : les photogrammes, images faites sans appareil en posant des objets sur du papier sensible, avec Christian Schad dès 1918 puis Man Ray, qui publie « Champs délicieux » en 1922.
  • Années 1940 : Aaron Siskind photographie de tout près de la peinture écaillée et des affiches déchirées, en parallèle des peintres expressionnistes abstraits.
  • Techniques courantes : cadrage serré, verre texturé, flou de bouger volontaire (de 1/8 à 1/2 seconde pour commencer), pose longue, transformation de l’image.
Lumière jaune derrière un verre texturé, tableau verre texturé éclairé, photographie de Fabrice Courtadon
Une lumière jaune vue à travers un verre texturé se décompose en gouttes, en bandes et en reflets« Lumière jaune derrière un verre texturé » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Qu’est-ce qu’une photographie abstraite, exactement ?

Toute photographie part de la lumière qui frappe une surface sensible. C’est ce qui rend l’abstraction photographique un peu paradoxale : là où le peintre peut poser une couleur sans rien représenter, le photographe enregistre presque toujours quelque chose qui existe. L’abstraction tient donc à la façon de regarder et de cadrer plus qu’à l’absence de sujet. On peut distinguer deux familles.

  • L’abstraction tirée du réel. Le sujet existe, mais on ne le reconnaît plus, ou on ne cherche plus à le reconnaître : un fragment de mur, un reflet, une texture vue à quelques centimètres. C’est de loin la plus pratiquée.
  • L’abstraction pure. L’image ne renvoie plus à aucun objet : traînées de lumière, photogrammes, compositions construites. Ici, la photographie devient presque un procédé de peinture.

La frontière entre les deux reste floue, et c’est tout l’intérêt. Sur l’image ci-dessous, le sujet est une cabane de bain de l’île d’Oléron ; cadrée de près, elle n’est plus qu’une suite de bandes rouges, blanches, grises et vert d’eau, patinées par le sel.

Planches d’une cabane de bain à Oléron, tableau rayures de cabane de bain, photographie de Fabrice Courtadon
De près, les planches d’une cabane de bain d’Oléron deviennent des bandes verticales rouges, blanches et vert d’eau« Planches d’une cabane de bain à Oléron » en tableau, dès 45 € 40,50 €

D’où vient la photographie abstraite ?

L’abstraction gagne la peinture dans les années 1910, et la photographie suit presque aussitôt. Entre octobre 1916 et janvier 1917, Alvin Langdon Coburn réalise une petite série d’images qu’il appelle vortographies, d’après le vorticisme, un mouvement d’avant-garde londonien. Comme le précise la notice du Cleveland Museum of Art, il place devant l’objectif un « vortoscope », un assemblage de miroirs disposés en triangle, qui réduit son sujet à des éléments de lumière et de forme. En février 1917, dix-huit vortographies sont accrochées au Camera Club de Londres, avec un catalogue préfacé par le poète Ezra Pound et par Coburn lui-même : les archives du Nasher Museum y voient la première présentation publique de photographies abstraites.

Une autre voie s’ouvre peu après, sans appareil. Le photogramme consiste à poser des objets sur du papier photographique et à l’exposer à la lumière : on obtient leur ombre, en négatif. Christian Schad s’y essaie dès 1918 ; Man Ray, dont le poète Tristan Tzara baptise les images « rayographes », en publie un recueil, « Champs délicieux », en décembre 1922, la même année où László Moholy-Nagy commence ses propres photogrammes.

Dans les années 1940, l’Américain Aaron Siskind ouvre une troisième piste. Lassé des limites de la photographie documentaire, il cadre de très près de la peinture qui s’écaille, des affiches déchirées, des coulures de goudron, jusqu’à en tirer des images plates et abstraites. Selon le communiqué du MoMA pour sa rétrospective de 1989, son travail des deux décennies suivantes répond à celui de Franz Kline, Mark Rothko et Robert Motherwell. En 2018, la Tate Modern a consacré une exposition, « Shape of Light », à ce siècle d’échanges entre photographie et art abstrait.

Quelles techniques pour faire une photo abstraite ?

Cadrer serré et isoler un motif

C’est la méthode la plus simple : s’approcher jusqu’à ce que le sujet disparaisse derrière sa matière. Un mur, une écorce, une coque de bateau, un tissu, une plaque de glace. Retirez du cadre tout ce qui donne l’échelle ou le contexte, et cherchez une ligne, un rythme, un contraste. Plus près encore, on entre dans la macro, à laquelle nous consacrons un guide de la photographie macro.

Bulles figées dans la glace, tableau bulles prises dans la glace, photographie de Fabrice Courtadon
Des centaines de bulles d’air prises dans la glace rayonnent en traînées blanches depuis un centre sombre« Bulles figées dans la glace » en tableau, dès 50 € 45 €

Photographier à travers un verre, des gouttes ou un reflet

Un carreau de verre texturé, une vitre couverte de pluie, une flaque, une vitrine : tout ce qui déforme la lumière avant qu’elle n’atteigne l’objectif peut servir. Le verre découpe la scène en gouttes, en bandes, en facettes, comme dans les deux images suivantes, où une simple source jaune devient une grille de reflets.

À droite, ce sont des gouttes de pluie sur une vitre grise qui se colorent de bleu, de vert, de violet et d’ambre. Faites la mise au point sur le verre lui-même, ou au contraire au-delà, pour que les gouttes deviennent des taches floues.

Bouger l’appareil pendant la pose

Le flou de bouger volontaire, souvent appelé ICM (de l’anglais intentional camera movement), consiste à déplacer l’appareil pendant que l’obturateur est ouvert. Le guide d’OM System (ex-Olympus) sur le mouvement d’appareil donne une base simple :

  • travaillez en priorité à la vitesse, en commençant entre 1/8 et 1/2 seconde, puis ajustez après quelques essais ;
  • en plein jour, baissez la sensibilité, fermez le diaphragme et, si besoin, ajoutez un filtre gris neutre ou un polarisant ;
  • variez le geste : secouer l’appareil, le faire pivoter autour du sujet, zoomer pendant la pose, ou combiner rotation et zoom pour obtenir une spirale ;
  • gardez l’appareil immobile au début d’une pose de trois à quatre secondes, puis bougez-le : une partie de l’image reste nette.
Tourbillon de lumière dorée sur fond noir, tableau lumière dorée abstraite, photographie de Fabrice Courtadon
Des anneaux de lumière dorée s’empilent et tournent au-dessus d’un sol sombre qui les reflète« Tourbillon de lumière dorée sur fond noir » en tableau, dès 50 € 45 €

Cette image donne l’impression d’une lumière qui tourne sur elle-même. La pose longue mène aussi au light painting, où l’on dessine ou éclaire la scène avec une lampe : voyez notre article sur le light painting.

Transformer l’image après la prise de vue

Torsions, symétries, répétitions, couleurs inversées : la retouche permet de pousser une photo jusqu’à l’abstraction. C’est la voie des « distorsions » de Fabrice Courtadon, des abstraits qu’il obtient en transformant ses photographies, et que nous présentons en détail sur la page consacrée aux abstraits distorsions. Ci-dessous, une vue du phare de la Coubre passée par une torsion : les nuages et la silhouette sont aspirés en spirale vers un œil noir.

La lumière contre le chaos, tableau tourbillon abstrait en noir et blanc, photographie de Fabrice Courtadon
Une photo de phare tordue en spirale, nuages aspirés vers un œil noir que traverse un rayon blanc« La lumière contre le chaos » en tableau, dès 45 € 40,50 €

D’autres retouches rapprochent la photo de la peinture sans la rendre abstraite : c’est le cas de l’effet aquarelle.

Comment regarder une photographie abstraite ?

  • Ne cherchez pas tout de suite ce que c’est. Laissez d’abord l’œil suivre les lignes, les masses claires et sombres, la direction du mouvement.
  • Lisez le titre comme un indice, pas comme une explication. « Fragments », « Écho de lumière », « La lumière contre le chaos » orientent le regard sans tout dire.
  • Changez de distance. De loin, on voit la composition ; de près, la matière : le grain de la glace, le relief du verre.
  • Acceptez plusieurs lectures. Siskind voulait qu’une photographie soit « un objet entièrement nouveau, complet et autonome ».
Écho de lumière, tableau spirale argent et orange, photographie de Fabrice Courtadon
Des formes d’argent brossé et d’orange s’enroulent en spirale vers un centre lumineux« Écho de lumière » en tableau, dès 45 € 40,50 €

Comment accrocher une photographie abstraite ?

  • Partez de la couleur dominante. Un abstrait cuivré, orange ou doré réchauffe un mur clair ; un noir et blanc ou un argent se glisse dans un intérieur sobre.
  • Osez le grand format. Sans sujet à reconnaître, l’image vit de sa surface : plus elle est grande, plus la matière se lit. Voyez notre sélection de grands formats.
  • Pensez en série. Deux images au vocabulaire proche, comme les deux verres texturés de cet article, fonctionnent bien côte à côte.
  • Soignez la hauteur : le centre de l’image autour de la hauteur des yeux, comme l’explique notre article pour accrocher un tableau sans percer.
  • Méfiez-vous des reflets sur les images à fond noir. La finition mate antireflet de l’aluminium Dibond, décrite sur la page formats et support, les limite.

Les abstraits de Fabrice Courtadon sont réunis dans la collection Abstraits et distorsions ; les gros plans de glace, de bulles et de lumière se trouvent aussi parmi les Regards singuliers. Tous sont imprimés à la demande sur aluminium Dibond 3 mm. Le choix du format et du support pour ces images est détaillé sur la page art abstrait sur aluminium.

Questions fréquentes

Quelle est la première photographie abstraite ?

Les vortographies d’Alvin Langdon Coburn, réalisées entre octobre 1916 et janvier 1917 à travers un assemblage de trois miroirs, sont considérées comme les premières photographies abstraites. Dix-huit ont été exposées au Camera Club de Londres en février 1917.

Quelle différence entre photographie abstraite et art abstrait ?

L’art abstrait peint ou sculpte des formes qui ne représentent rien. La photographie abstraite part presque toujours d’un objet réel, mais le cadrage, le flou ou la transformation de l’image le rendent méconnaissable ; seuls les photogrammes et certaines traînées de lumière s’en passent tout à fait.

Quelle vitesse choisir pour un flou de bouger volontaire ?

OM System conseille de commencer entre 1/8 et 1/2 seconde, en priorité à la vitesse, puis d’ajuster selon le geste. En plein jour, un filtre gris neutre aide à obtenir ces vitesses lentes.

Peut-on faire de la photo abstraite avec un smartphone ?

Oui. Le cadrage serré, les reflets et le verre texturé ne demandent aucun réglage particulier. Pour le flou de bouger, il faut une application qui permette une pose d’une fraction de seconde ou plus.

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