Symbole de l’eau : déluge, baptême, Héraclite, Lao-tseu et Bachelard
L’eau symbolise à la fois l’origine, la destruction et la renaissance : dans les mythes, elle existe avant le monde ; dans les récits de déluge, elle engloutit une humanité ; dans les rites, du baptême aux bains dans le Gange, elle purifie. Les philosophes y ont vu le principe de toutes choses (Thalès), l’image du changement (Héraclite) ou la force de ce qui cède (Lao-tseu). Voici ces traditions, chacune avec sa source.
En bref
- Pour les Égyptiens, le Noun est « l’océan liquide qui existait avant que le monde ne fût créé » (Encyclopædia Universalis).
- La tablette du Déluge, du VIIe siècle av. J.-C., vient de la bibliothèque d’Assurbanipal à Ninive et se trouve au British Museum (World History Encyclopedia).
- Aristote rapporte que Thalès « regarde l’eau comme premier principe » (Métaphysique, livre I, Wikisource).
- En 1942, Gaston Bachelard publie chez José Corti L’Eau et les rêves, « essai sur l’imagination de la matière » (catalogue de la BnF).

Que symbolise l’eau dans les mythes de la création ?
L’eau est souvent là avant tout le reste. En Égypte, selon l’Universalis, la mer et les cours d’eau sont issus du Noun, et le monde commence par un tertre primordial sorti des eaux, comme la crue du Nil ne laisse émerger que quelques buttes. La Genèse s’ouvre sur la même image : la terre est informe et vide, et « l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux » (traduction Louis Segond, 1910). Dieu place ensuite une étendue entre les eaux, qu’il appelle ciel, puis rassemble les eaux d’en bas pour que paraisse le sec. L’eau est ici l’état indistinct d’où le monde se dégage.
Pourquoi tant de récits de déluge ?
Parce que l’eau qui a précédé le monde peut aussi le reprendre. Dans la Genèse, les sources du grand abîme jaillissent, la pluie tombe quarante jours et quarante nuits, les eaux couvrent les plus hautes montagnes ; seuls survivent Noé, les siens et les animaux de l’arche. Le récit se clôt sur une alliance : il n’y aura « plus de déluge pour détruire la terre ».
Un récit très proche vient de Mésopotamie. Sur la onzième tablette de l’Épopée de Gilgamesh, Ut-napishtim, averti en secret par le dieu Ea, construit un bateau pour sauver les humains et les animaux, puis lâche des oiseaux avant de s’échouer sur une montagne. En décembre 1872, George Smith, qui classait ces tablettes au British Museum, présenta sa découverte à la Society of Biblical Archaeology de Londres, rappelle la Linda Hall Library. L’Universalis résume ce double rôle par le « symbolisme naturel de l’eau, qui exprime à la fois désintégration et régénération » : tout se dissout, puis tout recommence.

Que symbolise l’eau dans les rites religieux ?
D’abord la purification. Selon l’Universalis, l’usage rituel de l’eau, par ablution, immersion ou effusion, est commun à la plupart des religions ; l’encyclopédie souligne pourtant que le baptême chrétien se présente comme radicalement différent de ces ablutions. Selon Matthieu, les habitants de Jérusalem se faisaient baptiser par Jean « dans le fleuve du Jourdain ». Saint Paul écrit aux Romains que les baptisés ont été « ensevelis avec lui par le baptême en sa mort », afin de marcher en nouveauté de vie : l’eau figure une mort suivie d’une renaissance.
Pour les hindous, le Gange est un fleuve sacré, une « source permanente de régénération pour qui se baigne dans ses eaux », écrit l’Universalis. En 2017, l’UNESCO a inscrit la Kumbh Mela au patrimoine culturel immatériel : tous les quatre ans, les croyants s’y baignent dans une rivière sacrée pour laver leurs péchés.
Quels fleuves les Grecs plaçaient-ils aux Enfers ?
Le Styx, d’abord : selon l’Universalis, les dieux qui juraient par son eau s’engageaient de manière irrévocable. Le Léthé, parfois appelé Oubli, désigne un fleuve ou une plaine des Enfers ; l’orphisme opposait une source de mémoire, Mnémosyne, à une source d’oubli, Léthé.
Que disaient de l’eau les philosophes grecs ?
Thalès de Milet, qui vécut environ de 625 à 547 av. J.-C. selon l’Universalis, fait de l’eau l’origine de tout. Aristote, qui rapporte sa doctrine, avance une explication prudente : Thalès aurait remarqué que l’humidité nourrit toutes choses et que les semences sont humides. Il rapporte aussi que, selon certains, les premiers théologiens voyaient déjà la nature ainsi, eux qui faisaient d’Océan et de Téthys les auteurs de l’univers.
Héraclite en tire l’image du fleuve. La formule connue vient de Platon, qui lui prête dans le Cratyle ces mots : « Jamais, dit-il, vous ne pourrez entrer deux fois dans le même fleuve » (traduction Victor Cousin). Il faut la distinguer d’un fragment transmis par d’autres auteurs antiques : sur ceux qui entrent dans les mêmes fleuves coulent toujours d’autres eaux. Selon Daniel W. Graham, dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, Kirk (1954) et Marcovich (1967) tiennent ce fragment pour le seul authentique : le fleuve resterait le même parce que son eau change.
Pourquoi Lao-tseu prend-il l’eau pour modèle ?
Le Tao-tö-king, attribué à Lao-tseu, en fait une leçon de conduite. Le chapitre 8 s’ouvre ainsi, dans la traduction de Stanislas Julien publiée en 1842 : « L’homme d’une vertu supérieure est comme l’eau. » L’eau fait du bien aux êtres sans lutter et habite les lieux que déteste la foule. Au chapitre 78, rien n’est plus faible que l’eau, et pourtant rien ne l’emporte sur elle pour briser ce qui est dur : « ce qui est mou triomphe de ce qui est dur ». Le texte se lit sur Wikisource, dans la traduction de Stanislas Julien.
Que symbolise l’eau en alchimie ?
L’une des quatre matières dont tout serait fait. Empédocle nommait l’air, l’eau, la terre et le feu les « quatre racines », et Platon associait l’eau à l’icosaèdre, rappelle l’Universalis ; les alchimistes, ajoute-t-elle, regroupaient ces éléments sous le nom de tetrasomia. Dans leurs tables, l’eau s’écrit par un triangle pointe en bas (▽), le feu par un triangle pointe en haut. Le standard Unicode a intégré ce signe en 2010, sous le nom de « symbole alchimique de l’eau ».
Que dit Bachelard de l’eau ?
Dans L’Eau et les rêves, Bachelard distingue, selon ses commentateurs, une imagination formelle, qui s’amuse des formes visibles, et une imagination matérielle, qui rêve la substance elle-même. Les eaux claires et courantes retiennent peu la rêverie ; les eaux profondes, dormantes et mortes, auxquelles il consacre un chapitre à propos d’Edgar Poe, la rendent plus intense. Le complexe de Caron, du nom du passeur des morts, lie l’eau à une mort acceptée ; avec le complexe d’Ophélie, selon un mémoire de l’université de Picardie Jules-Verne, cette mort lente et féminine devient désirée.
Quelles œuvres d’art ont donné un sens à l’eau ?
L’Ophélie la plus célèbre est celle de John Everett Millais, peinte en 1851 et 1852. Dans Hamlet, la reine Gertrude raconte qu’Ophélie est tombée dans un ruisseau en cueillant des fleurs et s’est noyée en chantant. Selon la notice de la Tate sur l’Ophélie de Millais, le paysage a été peint au bord de la Hogsmill, dans le Surrey, et la figure en atelier.
Claude Monet a donné à l’eau un autre sens. Il offre ses Nymphéas à la France au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918, en symbole de paix ; les huit compositions sont installées selon ses plans au musée de l’Orangerie en 1927, après sa mort. Monet voulait y donner « l’illusion d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage ».
De la source à la glace : quelle eau dans les photographies de Fabrice Courtadon ?
Fabrice Courtadon photographie l’eau sous presque tous ses états, surtout en Auvergne. Dans Ce qui coule façonne ce qui résiste, l’image d’ouverture, un torrent bute sur un seuil de pierre au pied d’un rocher moussu ; la fiche parle de la patience de l’eau, qui use la roche. Le titre rappelle le chapitre 78 du Tao-tö-king.
Ailleurs, une colonne d’eau blanche tombe d’une falaise sombre où se dessinent des prismes de roche. Elle figure dans notre sélection de tableaux de cascades ; pour le terrain, voyez notre guide des cascades d’Auvergne.

L’eau courante et l’eau dormante se répondent : un ruisseau rapide et sombre file entre deux berges d’herbe verte ; un lac turquoise, traité façon aquarelle, s’étend au pied d’une forêt sombre et de montagnes dorées. Ce lac figure dans la sélection de tableaux bleus. Lisez aussi notre guide des lacs d’Auvergne, l’article sur les légendes du lac Pavin et le récit du Tyx en automne.


L’étang en noir et blanc montré plus haut figure dans les sélections de tableaux en noir et blanc et de tableaux zen. Reste l’eau à l’échelle de la goutte : des bulles d’air prises dans la glace, image de la sélection de tableaux d’hiver, et des brins d’herbe chargés de rosée devant une lueur orange.


Le torrent, la cascade, le ruisseau et l’étang sont réunis dans la collection Autour de l’eau ; le lac turquoise appartient aux illustrations façon aquarelle, la glace aux Regards singuliers et la rosée à Macro et animaux. Toutes sont imprimées à la demande sur aluminium Dibond, en finition mate.
Questions fréquentes
Que symbolise l’eau ?
L’origine, la destruction et la renaissance : elle précède la création dans les mythes, engloutit le monde dans les déluges et purifie dans les rites.
Que représente l’eau dans la Bible ?
L’état d’avant le monde, au-dessus duquel se meut l’esprit de Dieu, puis l’instrument du déluge. Pour saint Paul, l’eau du baptême figure une mort suivie d’une vie nouvelle.
Quel est le symbole alchimique de l’eau ?
Un triangle pointe en bas (▽), l’inverse du triangle du feu.
Que signifie l’eau qui coule ?
Le changement : pour Héraclite, d’autres eaux coulent toujours dans le même fleuve. Pour le Tao-tö-king, l’eau qui cède vient à bout du dur.
Murs d’Art
Des œuvres à accrocher
Ce qui coule façonne ce qui résistetorrent en sous-boisdès 50 €45 €
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L’éternité au bord de l’eauétang en noir et blancdès 45 €40,50 €
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Photographies de Fabrice Courtadon imprimées à la demande sur aluminium Dibond. Voir toutes les œuvres
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