Givre, gelée blanche : les différences entre ces dépôts de glace
La gelée blanche se forme par nuit claire et calme, quand la vapeur d’eau de l’air se dépose directement en glace sur l’herbe ou les toits refroidis. Le givre, au sens des météorologues, naît d’un brouillard ou d’un nuage : ses gouttelettes, restées liquides sous 0 °C, gèlent au contact des branches, et le dépôt grandit du côté d’où vient le vent. La galaverne est le nom italien de ce givre de brouillard ; le verglas, lui, vient de la pluie ou de la bruine.
En bref
- Gelée blanche : glace déposée par la vapeur d’eau de l’air, en écailles, aiguilles, plumes ou éventails, surtout sur les surfaces horizontales, par air calme et ciel clair (Atlas international des nuages, OMM).
- Givre : glace formée par la congélation de gouttelettes de brouillard ou de nuage en surfusion, sur des objets à 0 °C ou un peu moins (OMM).
- Givre dur : dépôt granuleux qui épaissit face au vent, surtout entre −2 et −10 °C ; givre mou : fines aiguilles fragiles, surtout sous −8 °C (OMM).
- Verglas : glace lisse et transparente née de gouttes de pluie ou de bruine surfondues (OMM).
- Sans noyau de congélation, l’eau peut rester liquide jusqu’à −39 °C environ.

Qu’est-ce que la gelée blanche ?
La gelée blanche est une pellicule de glace d’aspect cristallin, produite par le dépôt de la vapeur d’eau contenue dans l’air. L’eau passe directement de l’état de vapeur à l’état solide, sans être liquide entre les deux : on parle de condensation solide, ou de déposition.
Elle apparaît sur les objets suffisamment refroidis, le plus souvent par rayonnement nocturne : par ciel dégagé, le sol et l’herbe perdent leur chaleur vers l’espace et descendent sous le point de gelée. D’après l’Atlas international des nuages de l’Organisation météorologique mondiale, elle se dépose surtout sur les surfaces horizontales situées au sol ou près du sol, et s’observe pendant la saison froide lorsque l’air est calme et le ciel clair. Ses cristaux prennent la forme d’écailles, d’aiguilles, de plumes ou d’éventails.
Le froid le plus vif se trouve au ras du sol. Lors d’une nuit dégagée de novembre 2024, MétéoSuisse notait que les températures relevées à 5 cm du sol étaient plus froides que celles mesurées à 2 mètres, ce qui favorisait les dépôts par déposition.

Sur cette photo de Fabrice Courtadon, on parle volontiers de givre. Mais un pré blanchi sous un ciel parfaitement dégagé réunit les conditions de la gelée blanche : herbe refroidie par la nuit claire, aucun brouillard en vue.
Qu’est-ce que le givre, et pourquoi pousse-t-il face au vent ?
Le givre, au sens strict, est un dépôt de glace provenant de la congélation de gouttelettes de brouillard ou de nuage en surfusion. Une gouttelette surfondue est restée liquide alors que la température est inférieure à 0 °C : faute de noyau sur lequel geler, l’eau peut rester liquide jusqu’à −39 °C environ. Au contact d’une branche ou d’un fil, elle se fige.
L’Organisation météorologique mondiale distingue trois sortes de givre, qui peuvent se succéder ou se mêler dans un même dépôt.
- Le givre mou : fragile, fait de fines aiguilles ou d’écailles de glace. Par vent calme ou faible, il se dépose sur toutes les faces des objets et tombe dès qu’on les secoue. Il se forme surtout sous −8 °C ; par froid bien plus vif, le brouillard n’est même plus indispensable.
- Le givre dur : granuleux, généralement blanc, orné de ramifications. Il se dépose sur les objets exposés à un vent au moins modéré et peut former une couche épaisse du côté exposé au vent. Il se forme surtout entre −2 et −10 °C.
- Le givre transparent : un dépôt plus compact, dont l’aspect rappelle celui du verglas.
Le givre dur explique ces arbres et ces poteaux blancs d’un seul côté : chaque gouttelette apportée par le vent gèle là où elle frappe, et le dépôt avance contre le vent. Un arbre givré indique ainsi, après coup, la direction d’où soufflait l’air humide.

Sur cette image, le brouillard et la forêt blanche apparaissent ensemble : c’est la situation type du brouillard givrant, qui dépose son givre sur tout ce qu’il enveloppe. L’ouvrage lui-même a son histoire, racontée dans notre article sur le viaduc des Fades, géant de fer des Combrailles.
Galaverne, givre blanc, verglas : que veulent dire ces mots ?
Le mot « galaverne » ne figure pas dans le vocabulaire de l’Organisation météorologique mondiale. Il vient de l’italien galaverna, qui désigne le dépôt de glace fragile, en aiguilles ou en écailles, formé par un brouillard très froid : l’équivalent du givre mou. L’italien distingue ce dépôt de la brina, la gelée blanche, et de la calabrosa, le givre dur formé par vent plus fort. En français, le Wiktionnaire ne connaît « galaverne » que dans d’autres sens : une brise, d’après le provençal, et une pièce de garniture des rames de galère.
Le vocabulaire varie aussi d’un pays francophone à l’autre. MétéoSuisse parle de « givre blanc » et de « givres par déposition » pour ce que l’Atlas international des nuages appelle gelée blanche. Et dans la langue de tous les jours, « givre » désigne à peu près tout dépôt de glace blanche, quelle que soit son origine.
Le verglas, enfin, est un dépôt de glace compact et lisse, généralement transparent, qui provient de la congélation de gouttes de pluie ou de bruine surfondues sur des objets à 0 °C ou un peu moins. Là où le givre emprisonne de l’air entre ses grains, ce qui le rend blanc, le verglas gèle lentement : l’eau a le temps de combler les interstices, d’où sa transparence et son danger sur les routes.
| Phénomène | D’où vient l’eau | Conditions typiques | Aspect |
|---|---|---|---|
| Gelée blanche | vapeur d’eau de l’air, déposée directement en glace | nuit claire, air calme | cristaux en écailles, aiguilles, plumes |
| Givre mou (galaverna) | gouttelettes de brouillard surfondues | vent calme ou faible, surtout sous −8 °C | aiguilles fragiles sur toutes les faces |
| Givre dur | gouttelettes de brouillard ou de nuage surfondues | vent au moins modéré, de −2 à −10 °C | granuleux, épais face au vent |
| Verglas | pluie ou bruine surfondue | précipitations sur surfaces gelées | glace lisse et transparente |
Où et quand observer le givre en montagne ?
La gelée blanche est une affaire de nuits claires, en plaine comme en altitude. Le givre de brouillard, lui, demande de l’humidité en suspension. Les fonds de vallée pris dans le brouillard et surtout les sommets plongés dans les nuages en sont les meilleurs terrains.
Le puy de Dôme en est un exemple : à 1 465 m, son sommet accueille une station de l’Observatoire de physique du globe de Clermont-Ferrand, choisie pour observer les nuages, et dont une soufflerie sert notamment à étudier les conditions givrantes. C’est sous un manteau de givre que Fabrice Courtadon a photographié le sommet et son antenne.

Pour savoir comment y monter en hiver, notre guide pour monter au puy de Dôme en train ou par les sentiers détaille les accès. Et pour une vue d’ensemble des lieux enneigés de la région, des puys aux forêts, la page l’Auvergne sous la neige rassemble les paysages d’hiver de Fabrice Courtadon.
Comment photographier le givre et la gelée blanche ?
- Partez avant le soleil. La gelée blanche ne survit souvent pas longtemps aux premiers rayons. Soyez sur place à l’aube et repérez vos sujets avant que la lumière arrive.
- Cherchez la lumière rasante. Un soleil bas, de côté ou à contre-jour, fait scintiller les cristaux et détache chaque brindille sur un fond plus sombre. La lumière de midi aplatit tout.
- Corrigez l’exposition vers le plus. Face à une scène presque toute blanche, la mesure de l’appareil a tendance à assombrir l’image et à griser la glace ; vérifiez l’histogramme.
- Approchez-vous. Les aiguilles et les plumes de glace sont un sujet de macro à part entière ; notre guide de la photographie macro explique comment gérer une zone nette de quelques millimètres.
- Pensez au noir et blanc. Le givre est déjà presque monochrome : sans couleur, les lignes de clôture, de branches et de fils deviennent le sujet.

Ici, le soleil frappe les branches givrées, tandis que l’arbre roux apporte la seule couleur chaude. À l’inverse, la photo suivante joue la carte graphique : le givre a blanchi les prés et jusqu’au fil de la clôture, qui file en diagonale vers un poteau électrique.

L’hiver se photographie aussi en sous-bois, comme dans le récit de Fabrice Courtadon sur une forêt d’Auvergne en hiver.
Les arbres et les prés givrés de cet article appartiennent pour la plupart à la série des regards singuliers, imprimée à la demande sur aluminium Dibond mat. Les versions en noir et blanc sont aussi réunies dans la sélection de tableaux noir et blanc, et notre article sur la photo noir et blanc au mur aide à choisir où les accrocher.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre givre et gelée blanche ?
Tout tient à l’origine de l’eau. La gelée blanche vient de la vapeur d’eau de l’air, qui se dépose directement en glace sur une surface refroidie, par nuit claire et calme. Le givre vient des gouttelettes d’un brouillard ou d’un nuage, restées liquides sous 0 °C, qui gèlent au contact des objets.
Pourquoi le givre ne recouvre-t-il qu’un côté des arbres ?
Parce que le vent apporte les gouttelettes de brouillard : le givre dur s’accumule sur la face exposée. Par vent calme, le givre mou se dépose au contraire sur toutes les faces.
Qu’est-ce que la galaverne ?
C’est la forme francisée de l’italien galaverna, qui désigne le dépôt de glace formé par un brouillard très froid, en aiguilles ou en écailles, ce que les météorologues francophones appellent givre mou. En italien, la gelée blanche se dit brina.
Le blanc sur le pare-brise le matin, c’est du givre ?
Après une nuit claire sans brouillard, c’est le plus souvent de la gelée blanche au sens strict, même si l’usage courant dit « givre ».
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