Colonie de champignons en noir et blanc, tableau champignons en noir et blanc, photographie de Fabrice Courtadon

Le champignon : ce qu’il est, comment il pousse et comment le reconnaître

Par la rédaction de Murs d’Art · Photographies de Fabrice Courtadon21 octobre 20268 min de lecture

Un champignon n’est ni une plante ni un animal : c’est un être vivant du règne des champignons (Fungi), qui vit le plus souvent caché dans le sol ou le bois sous la forme d’un réseau de filaments, le mycélium. Ce que l’on appelle « champignon » en forêt n’en est que l’organe reproducteur, le sporophore (ou carpophore), qui produit et disperse les spores. Il sort quand l’humidité et la chaleur s’y prêtent, surtout à l’automne, parfois au printemps.

En bref

  • Règne à part : sans chloroplastes, les champignons se nourrissent de matière organique, se reproduisent par des spores et ont des parois à chitine (Office québécois de la langue française).
  • Environ 155 000 espèces nommées, sur quelque 2,5 millions estimées dans le monde (Jardins botaniques royaux de Kew, 2023).
  • Sur une racine d’arbre associée à un champignon, plus de 1 000 mètres de mycélium par mètre de racine (Académie d’agriculture de France).
  • Septembre 2026 : près de 500 intoxications par des champignons signalées aux centres antipoison, et plus de 200 depuis le 1er octobre (Anses, 20 octobre 2026).
  • Première Liste rouge française des champignons (2024) : 12 des 319 bolets, lactaires et tricholomes de France métropolitaine sont menacés (Comité français de l’UICN).
Colonie de champignons en noir et blanc, tableau champignons en noir et blanc, photographie de Fabrice Courtadon
En noir et blanc, une colonie serrée de petits champignons aux chapeaux coniques striés, au milieu de la mousse« Colonie de champignons en noir et blanc » en tableau, dès 50 € 45 €

Qu’est-ce qu’un champignon, au juste ?

Un organisme longtemps mal classé : en 1762, le dictionnaire de l’Académie française y voyait encore une « espèce de plante spongieuse ». Les champignons ont aujourd’hui leur propre règne. Sans chlorophylle, ils absorbent leur nourriture dans leur milieu, et le musée de paléontologie de l’université de Californie à Berkeley les dit chimiquement et génétiquement plus proches des animaux que de tout autre groupe.

L’essentiel du champignon est invisible. Son mycélium, fait de filaments microscopiques appelés hyphes, parcourt le sol, la litière ou le bois. Quand les conditions sont réunies, il forme le sporophore, souvent fait d’un pied et d’un chapeau, qui porte les spores, résume le Comité français de l’UICN. Le réseau souterrain peut vivre très longtemps : en 2004, l’institut suisse de recherche WSL a décrit dans le Parc national suisse un seul armillaire à squames foncées (Armillaria ostoyae) étendu sur environ 35 hectares et âgé de plus de mille ans.

Comme les fougères, les champignons se reproduisent par des spores, sans fleurs ni graines. Le mot, lui, vient de la campagne : selon le Trésor de la langue française (CNRTL), « champignon », attesté en 1398, a remplacé l’ancien français champignuel, dérivé du latin campania, « produit de la campagne ».

Comment un champignon pousse-t-il ?

Tout commence par une spore. En germant sur un support favorable, elle donne un filament qui se ramifie en mycélium (Wikipédia). Ce réseau grandit sans se montrer, puis fructifie quand l’eau et la température le permettent.

Le magazine du département de la Lozère résume l’expérience des cueilleurs de cèpes : le mycélium, présent d’une année sur l’autre, se réveille avec un sol chaud et de la pluie, et les cèpes sortent en général 12 à 20 jours après de grosses averses, d’au moins 50 mm en deux à quatre jours, si les nuits ne sont pas trop fraîches. Le sporophore grandit ensuite très vite : en 1690, Furetière notait déjà « il est venu tout en une nuit comme un champignon » (CNRTL).

Bolets dans la mousse, tableau bolets dans la mousse, photographie de Fabrice Courtadon
Trois bolets aux chapeaux bruns et aux pieds clairs dans une mousse vert vif, petits chapeaux orangés devant« Bolets dans la mousse » en tableau, dès 50 € 45 €

Ces bolets ont été photographiés en Auvergne ; Fabrice Courtadon raconte, à propos de cette image, une matinée parmi les cèpes.

Pourquoi surtout à l’automne ?

Parce que la fin de l’été réunit souvent un sol chauffé et le retour des pluies. Les chiffres de l’Anses suivent ce calendrier : en 2025, la grande majorité des intoxications a eu lieu de juillet à décembre, avec un pic de plus de 600 cas en septembre, alors qu’octobre est d’habitude le mois le plus touché.

L’automne n’a pourtant pas l’exclusivité : Tox Info Suisse, le centre antipoison suisse, évoque des morilles « fraîchement cueillies au printemps », dès mars en France selon Wikipédia. Et Fabrice Courtadon a raconté une sortie d’hiver dans une forêt d’Auvergne réputée pour ses champignons.

De quoi vivent les champignons ?

De matière morte, de leurs échanges avec les arbres ou d’autres êtres vivants : trois modes de vie se dégagent, et un même genre peut en pratiquer plusieurs.

  • Les décomposeurs, ou saprophytes, recyclent feuilles, aiguilles et bois morts. Selon le WSL, de nombreux armillaires se nourrissent surtout de bois mort et contribuent largement à la décomposition des souches.
  • Les mycorhiziens vivent en symbiose avec les racines des arbres : l’arbre leur cède des sucres issus de la photosynthèse et reçoit de l’eau et des éléments nutritifs (Comité français de l’UICN).
  • Les parasites s’attaquent au vivant : l’armillaire peut infecter presque tous les arbres et arbustes et finit souvent par tuer l’arbre entier (WSL).
L’éveil des pousses, tableau champignons et jeune pousse sur la mousse, photographie de Fabrice Courtadon
Sur une souche moussue, de petits champignons aux pieds orangés près d’une jeune pousse verte qui se déplie« L’éveil des pousses » en tableau, dès 50 € 45 €

Le bois mort, comme cette souche d’un sous-bois d’Auvergne, est l’un de leurs supports.

Quel lien unit les champignons et les arbres ?

Un lien vital. D’après une fiche de l’Académie d’agriculture de France sur les réseaux mycorhiziens, révisée en mai 2026, les racines des pins, de l’épicéa, des chênes ou du hêtre portent généralement des ectomycorhizes, formées par plusieurs centaines d’espèces de champignons, dont des amanites, des bolets et des truffes ; certains arbres ne poussent même pas sans elles. Un arbre peut héberger plusieurs centaines d’espèces de champignons, et un champignon coloniser une vingtaine d’arbres. Des échanges de carbone entre arbres par ce réseau ont été mesurés, mais leur importance en forêt naturelle reste débattue.

Voyez notre article pour reconnaître le hêtre et notre page sur la hêtraie d’Auvergne.

Comment reconnaître les grands groupes de champignons ?

Regardez la silhouette du sporophore, puis le dessous du chapeau, l’hyménophore, où se forment les spores : lisse, ridé, à lames, à tubes ou à aiguillons, détaille un guide de terrain de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Ces repères situent un champignon dans une famille de formes ; ils ne disent jamais s’il est toxique.

Ce que l’on observe Groupe
Fines lames rayonnant sous le chapeau champignons à lames : amanites, lactaires, armillaires
Couche spongieuse de tubes ouverts par des pores bolets, dont les cèpes
Petites pointes à la place des lames hydnes, à aiguillons
Plis épais et fourchus plutôt que de vraies lames chanterelles (Cantharellus)
Consoles sur le bois, à pores dessous polypores
Coupe sans pied, ou massue et petit buisson pézizes, clavaires
Chapeau creusé d’alvéoles morilles (Morchella)
Boule sans lames, pleine de spores en poussière à maturité vesses-de-loup

D’un côté, cinq petits champignons aux pieds très fins et aux chapeaux coniques beiges ; de l’autre, en noir et blanc, un champignon qui s’évase en entonnoir. Leurs fiches ne nomment aucune espèce, et une photo ne suffirait pas : il faut examiner le champignon lui-même, jusqu’à la couleur de ses spores, selon le guide belge. Pour photographier ces formes de près, voyez notre guide de la photographie macro.

Comment éviter une intoxication par les champignons ?

En ne consommant jamais un champignon dont l’identité n’est pas certaine ; cet article ne donne volontairement aucun critère pour séparer les espèces. Selon le point de l’Anses du 20 octobre 2026, près de 500 intoxications par des champignons ont été rapportées aux centres antipoison en septembre 2026, et plus de 200 depuis le 1er octobre. En 2025, plus de 1 300 intoxications ont été enregistrées ; 3 % étaient de gravité forte, un patient est décédé et trois autres ont reçu une greffe du foie.

Les consignes de l’Anses :

  • ne ramasser que les champignons que vous connaissez parfaitement, car certaines espèces très toxiques ressemblent aux espèces comestibles ;
  • au moindre doute, faire contrôler la récolte par un pharmacien ou une association de mycologie avant toute consommation ;
  • ne pas se fier aux applications de reconnaissance sur smartphone ;
  • photographier sa récolte, ce qui aidera à l’identifier en cas d’intoxication ;
  • en cas de symptômes (nausées, vomissements, diarrhées, troubles neurologiques), contacter immédiatement un centre antipoison ou le 15.

Le numéro national des centres antipoison est le 01 45 42 59 59 ; les huit centres, à Angers, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Paris et Toulouse, répondent jour et nuit. Si la personne ne respire pas ou n’est pas consciente, appelez le 15 ou le 112. Les signes apparaissent le plus souvent quelques heures après le repas, parfois plus de 12 heures après (Anses).

Deux amanites tue-mouches, tableau amanites tue-mouches rouges, photographie de Fabrice Courtadon
Deux amanites tue-mouches aux chapeaux rouge vif semés de flocons blancs, dans un sous-bois« Deux amanites tue-mouches » en tableau, dès 50 € 45 €

Facile à repérer, l’amanite tue-mouches figurait parmi les espèces toxiques le plus souvent identifiées dans le bilan de l’Anses du second semestre 2022. Notre article détaille sa toxicité et les confusions qu’elle provoque.

Où retrouver ces champignons en tableau ?

Ces photographies de Fabrice Courtadon sont imprimées à la demande sur aluminium Dibond mat. La colonie de champignons en noir et blanc figure dans les tableaux en noir et blanc ; les bolets et les petits champignons du sous-bois rejoignent les tableaux d’automne, et les deux amanites, les tableaux rouges. La colonie et les petits champignons du sous-bois sont rangés dans la collection macro et animaux, les bolets, les amanites et la souche moussue parmi les regards singuliers. Pour la saison en forêt, notre guide de l’automne en Auvergne indique où aller.

Questions fréquentes

Un champignon est-il une plante ?

Non. Les champignons forment un règne à part, sans chlorophylle, et sont même plus proches des animaux que des plantes.

Quelle est la différence entre le mycélium et le champignon ?

Le mycélium est le réseau de filaments qui vit dans le sol ou le bois d’une année sur l’autre ; le sporophore visible n’est que son organe reproducteur.

Combien de temps met un champignon pour pousser ?

Pour les cèpes, le magazine du département de la Lozère compte en général 12 à 20 jours après de grosses averses sur un sol chaud.

Y a-t-il des champignons au printemps ?

Oui. L’automne reste la grande saison, mais les morilles se cueillent au printemps, rappelle Tox Info Suisse.

Peut-on se fier à une application pour reconnaître un champignon ?

Non. L’Anses déconseille de consommer un champignon identifié par une application, en raison du risque élevé d’erreur ; faites plutôt contrôler la récolte par un pharmacien.

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